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Vive tension entre Paris et Washington accusé de privilégier Boeing

Jeudi 11 Mar 2010 à 07:05

Le retrait contraint d'Airbus de l'appel d'offres pour la fourniture d'avions ravitailleurs au Pentagone a déclenché les foudres de Paris qui, à son plus haut niveau, accuse Washington de fausser la concurrence internationale en privilégiant le constructeur américain Boeing.

Airbus, filiale d'EADS, a dû renoncer à participer à un appel d'offres pour un méga-contrat d'avions ravitailleurs pour l'armée de l'air américaine après le retrait lundi de son allié américain Northrop Grumman, ce qui laisse seul en lice Boeing.

Le contrat avait été attribué une première fois à l'Américain en 2003, puis une deuxième fois à Airbus et Northrop Grumman en 2008 et à chaque fois annulé.

Le Premier ministre français François Fillon n'a pas mâché ses mots mercredi pour critiquer ce nouvel épisode dans la guerre commerciale Airbus-Boeing.

"Je pense que l'attitude du gouvernement américain sur l'affaire des ravitailleurs est un manquement grave aux règles qui sont celles d'une concurrence loyale entre nos économies", a-t-il asséné lors d'un déplacement à Berlin.

Pour François Fillon, les règles du jeu ont été pipées par les Américains car EADS a été "obligé de quitter la compétition". Il reprend ainsi à son compte les accusations du patron d'Airbus, Thomas Enders qui a dénoncé un appel d'offres "biaisé en faveur de l'avion plus petit et moins performant de la concurrence".

"C'est une affaire grave", avait tempété à la sortie du conseil des ministres le secrétaire d'Etat français aux affaires européennes Pierre Lellouche promettant "une réaction" de la France.

Le porte-parole du gouvernement Luc Chatel a précisé que Nicolas Sarkozy aurait "l'occasion d'évoquer cette question avec le président Obama lors de son séjour prochain aux Etats-Unis". Le président français est attendu à Washington le 30 mars pour une visite officielle.

"Il est bien évident que si on doit se coucher devant le fait accompli du Pentagone et que personne ne doit rien dire, c'en est fini de notre crédibilité européenne (...) il faut que l'Europe de la défense existe, pour cela il faut qu'une industrie existe et il faut se faire respecter", a jugé M. Lellouche.

Et le secrétaire d'Etat de dénoncer pêle-mêle "un contrat signé puis dénoncé", des "spécifications réécrites pour favoriser l'avion américain" et des "pressions".

"On nous accuse toute la journée de protectionnisme, la vérité c'est que nous sommes ouverts et que certains sont totalement fermés, et ça n'est pas normal", a-t-il aussi affirmé.

Un député UMP français (parti majoritaire) Bernard Carayon a mis en cause les "hauts fonctionnaires du Pentagone" qu'il accuse de "corruption". "On ne peut pas jouer avec les tricheurs", a-t-il lancé estimant que le "lâchage de Northrop-Grumann" a été obtenu grâce "à une compensation de l'administration américaine".

L'Allemagne et l'Espagne s'étaient inquiétés de la tournure des choses dès la fin de l'année dernière. Le porte-parole d'Angela Merkel a confirmé mercredi que ces deux pays ainsi que la France avaient écrit en décembre au président Barack Obama.

Berlin considère que l'attitude des Américains sur ce dossier est en contradiction avec leur plainte auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur des aides non conformes aux règles du commerce mondial versées, selon eux, à Airbus par l'Union européenne.

La Commission européenne avait jugé mardi "hautement regrettable" ce retrait.

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