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Le procès Kerviel en direct

Lundi 21 Jun 2010 à 21:55

19H30 - L'AUDIENCE EST LEVEE - Elle reprendra mardi, pour la dernière journée de témoignages, avec comme temps fort, vers 16H00, l'audition de l'ex-PDG de la Société Générale Daniel Bouton. A l'époque, il avait qualifié Jérôme Kerviel d'"escroc", de "fraudeur" et de "terroriste".

19H25 - "Gigantesque gâchis" - Luc François, comme ses trois collègues qui se sont succédé à la barre aujourd'hui, accable Jérôme Kerviel. "Il a mis en péril la banque. Beaucoup de personnes ont été laminées. C'est un gigantesque gâchis."

19H15 - Menteur, tricheur, manipulateur - "Jusqu'au vendredi 20 heures (jour où les anomalies ont été repérées), Jérôme Kerviel a continué à prendre des positions. Comment l'interprétez vous", demande le président Pauthe à Luc François. "Jérôme Kerviel est un menteur, un tricheur, un manipulateur. A partir de là, tous les comportements sont permis", répond laconiquement le témoin.

19H10 - "On a trouvé, c'est 50 milliards...." - Le dimanche matin, Kerviel finit par lâcher le morceau. ""C'est simple, ce que j'ai gagné au 31 décembre (1,4 milliard), je l'ai perdu aujourd'hui", m'a-t-il dit, raconte Luc François. Un peu plus tard, Claire Dumas, qui pilotait la task force, m'a annoncé +On a trouvé, c'est 50 milliards (de positions) et on perd 2,7 milliards+. Je suis resté sans voix. J'ai proposé ma démission le mardi", conclut-il.

19H00 - Défait - "Le samedi, le premier objectif était de comprendre ce qui se passait, relate Luc François. Il n'a pas été simple de le convaincre de revenir, il a quand même accepté". Jérôme Kerviel était alors en week-end à Deauville avec sa compagne pour fêter son anniversaire. "Jérôme Kerviel était défait, poursuit son supérieur, il n'avait visiblement pas beaucoup dormi les nuits précédentes. Il parlait par bribes, était presque inaudible. Puis il nous a déversé des mensonges, pendant des heures il a mené en bateau son auditoire."

18H55 - Hallucination - C'est ainsi que Luc François, parle du dimanche 20 janvier 2008,quand les positions du trader, à hauteur de 50 milliards d'euros (une fois et demi le montant des fonds propres de la banque) ont été identifiées.

18H50 - Un nouveau témoin - Luc François, 47 ans, grand et mince, costume sombre, arrive à la barre. Il précise ne plus travailler pour la Société Générale. Mais il y a officié pendant 20 ans, notamment dans le domaine de la gestion des risques. C'était le supérieur "n+5" de Kerviel.

18H47 - 50.000% - "Il a manqué de transparence, menti à tout le monde, n'a pas respecté son desk, a dépassé les limites de 50.000%, s'agace Philippe Baboulin. Je ne comprends pas pourquoi il dit que ses motivations étaient de faire gagner de l'argent à la banque. Faire gagner de l'argent, c'est prendre des risques en respectant l'éthique."

18H45 - Champagne - Le juge se tourne vers le prévenu. "Aviez vous le sentiment d'une bombe à retardement?"."J'étais dans une spirale, je ne me rendais pas compte": Jérôme Kerviel répète encore une fois ce qui est devenu son leitmotiv. "C'était idiot et déconnecté de la réalité". "Mais il n'y a pas que vous, Eric Cordelle ou Martial Rouyère qui alliez sauter!", s'exclame Dominique Pauthe."Il faut se dire que ce samedi là, il y a encore des moments où ils me disent : on va sortir le champagne", se défend Kerviel. Le samedi, seul le résultat de 1,4 milliard est identifié par les supérieurs de Kerviel, pas la position cachée de 50 milliards.

18H40 - Le scénario de la faillite - Lors de l'enquête policière, Philippe Baboulin avait comparé la découverte des 50 milliards à Tchernobyl, à une bombe. "C'était un sentiment de désastre", raconte-t-il, "toutes les personnes étaient effondrées. La conséquence, on l'a tous eu en tête, dans le pire des scénarios, c'était la faillite de la banque."

18H24 - Redite - Les supérieurs de Kerviel se succèdent... et leurs témoignages se ressemblent. "Fin 2007, le résultat réel était de 1,4 milliard, rappelle le président. En avez vous connaissance?"."Pas du tout, ce résultat m'a été caché, ainsi que toutes les positions frauduleuses", répond le témoin. Selon Kerviel, ses gains (+1.700% en trois ans) auraient dû alerter sa hiérarchie. Il l'a soutenu lors de l'instruction: "dans quelle entreprise peut-on obtenir une telle croissance sans truquer ouvertement les règles ? (?) Tout le monde savait que je gagnais de l?argent et s?en réjouissait »

18H20 - "Bien joué" - Le président du tribunal Dominique Pauthe cite des mails échangés par Jérôme Kerviel et Philippe Baboulin, en avril 2007. Après une alerte des services de contrôle, le trader leur fournit des explications et des justificatifs. "Bien joué", lui écrit son supérieur." C'est pas bien joué, cela ne devrait pas arriver, je ne devrais pas me retrouver dans ce genre de situation", lui répond alors Kerviel. "J'avais donné pour consigne très forte de collaborer avec les services de contrôle, je pense avoir mis la pression sur Jérôme Kerviel, et sa réponse était celle d'un bon élève", justifie Philippe Baboulin. "Que de paroles qui n'ont aucune valeur!", lance le président au prévenu.

18H05 - Descente aux enfers - "Le vendredi soir, nous savions que nous avions une opération d'1,4 milliard mais on ne savait pas si elle existait. Le samedi, le doute c'est transformé en problème quand nous avons réalisé que cette opération n'existait pas", raconte Philippe Baboulin. "Le samedi soir, on s'est rendu compte que nous étions dans une fraude massive. Le dimanche en fin de matinée, suite aux contrôles de la nuit, nous avions connaissance de la position de 50 milliards d'euros cachée jusqu'ici". C'est le débouclage (la liquidation) de ces positions qui a abouti à une perte de 4,9 milliards pour la banque.

17H55 - Doutes - Philippe Baboulin, costume sombre, cheveux poivre et sel revient sur ce désormais fameux vendredi 18 janvier 2008. Jérôme Kerviel "a commencé par répondre que la contreparties (de ses opérations bénéficiaires de 1,4 milliard d'euros) n'était pas Baader, mais la Deutsche Bank. J'avais déjà des doutes sur ses explications. Ca ne correspondait pas à la nature de ses fonctions. Immédiatement, nous avons monté une task force avec les équipes de contrôle".

17H50 - Il a passé Kerviel sur le grill - Agé de 49 ans, Philippe Baboulin se présente comme "salarié de la Société Générale". A l'époque des faits, il était responsable mondial de la branche "equity finance" et le responsable "n+3" de Kerviel. Il a été destinataire, comme Martial Rouyère, des mails d'alerte des services de contrôle, huit mois avant la découverte des faits. A posteriori, il a admis que les explications de l?ex-trader « étaient fausses » et « pas crédibles ». Le 18 janvier 2008, il est alerté et commence à cuisiner Kerviel, avec Martial Rouyère.

17H48. PHILIPPE BABOULIN SUCCEDE A MARTIAL ROUYERE A LA BARRE

17H20 - Stop - Pourquoi n'avez vous pas dit stop? Demande Me Metzner à Martial Rouyère, avant de le mitrailler de questions. "Stop à quoi?", arrive tout juste à glisser le témoin. "Stop à Kerviel, puisqu'il dépassait les limites! Combien faut-il d'alertes à la Société Générale pour qu'elle réalise? 74 ce n'est pas assez? Il en faut un milliard?".

17H10 - Liberté de parole - Me Metzner passe à l'attaque. "A quoi vous servez Monsieur? A contrôler les risques?". "Si je l'avais vu, j'en aurais parlé", se défend le témoin. "Est-ce que pour voir, il ne suffit pas de regarder?", interroge Me Metzner sans attendre de réponse. Il revient alors à la charge sur la question de la liberté de parole des témoins qui, à l'instar de Rouyère, ont signé un accord avec la SocGen au moment de leur licenciement. Le président l'interrompt: "Chacun est tenu de dire la vérité dans un tribunal, et personne n'est censé ignorer la loi!". "Citez moi l'article!", rétorque l'avocat de la défense. Rires dans l'auditoire. Me Metzner glisse au passage que Rouyère a reçu 750.000 euros de la Soc Gen comme indemnité de départ négociée.

17H05 - Rien vu, rien su - Me Huc -Morel, le jeune avocat de la défense, spécialiste ès-tableaux Excel et courriers internes, fait défiler des documents sur l'écran géant. Il interroge Martial Rouyère sur les opérations fictives. "Je n'étais pas au courant de ces opérations, répond Rouyère. Aucune attitude ne trahissait ces opérations". Depuis ce matin, c'est un leitmotiv chez les supérieurs de Kerviel: ils n'ont rien vu venir, rien su.

17H00 - Mythomanie - "Vous êtes lecteur, vous êtes arrivé avec un gros livre sous le bras, plaisante Me Reinhart, de la SocGen. Avez-vous lu de livre de Jérôme Kerviel?". Réponse négative de Martial Rouyère. Et l'avocat de se lancer dans la lecture de l'ouvrage. Le prévenu y relate une discussion avec Martial Rouyère, le week-end où la "fraude" est mise au jour. "C'est un peu fort. Tu disais rien, mais tu savais tout", aurait lancé le trader à son chef. Réponse de Rouyère: "C'est de la mythomanie".

16H45 - Regards défiants - Jérôme Kerviel, costume et cravate sombres, est peu sollicité par le président aujourd'hui. Il arbore la majeure partie du temps un visage fermé et un regard défiant. Un sourire mi-amusé, mi-cynique, apparaît parfois quand ses supérieurs témoignent. Des supérieurs qu'il accuse depuis le début de son procès d'avoir cautionné les opérations pour lesquelles il est seul jugé.

16H40 - "Sacrée mauvaise journée - "J'hésite à me mettre sous un train, mais je ne suis pas loin". Me Reinhart, de la partie civile, cite un SMS envoyé par Kerviel à Rouyère le samedi de la découverte de la fraude. "J'avais le sentiment que Jérôme Kerviel était choqué et extrêmement conscient de ce qu'il avait fait, analyse son ex-supérieur. Kerviel confirme la teneur du SMS. "C'est une expression, quand on a passé une mauvaise journée, c'est peut-être très con". "Sacrée mauvaise journée", ironise le président du tribunal.

16H30 - "Immense blessure" - "Si j'avais eu la moindre idée de tout ça, j'aurais fait ce que j'ai fait le 18 janvier, alerter ma hiérarchie", lance Martial Rouyère. "Et je n'ai aucun doute sur le fait qu'Eric Cordelle aurait fait la même chose. Je considère cette fraude comme une immense blessure. Nous n'avions pas l'idée qu'une telle fraude pouvait être possible, nous n'avons pas été sensibilisés".

16H15 - Sur le tas - Le débat se recentre sur le cas d'Eric Cordelle, le n+1 de Kerviel qui a confessé ce matin sa méconnaissance du trading. Et n'avait perçu aucun des signaux d'alerte. "Je pense qu'Eric Cordelle est quelqu'un de qualité" et qu'il allait "comprendre rapidement" le trading, assure Rouyère. "Faisait-il le poids face à Jérôme Kerviel?", demande Dominique Pauthe. -"Il lui manquait la connaissance du trading et du système qu'avait Jérôme, répond le n+2. Mais le trading s'apprend sur le tas".

16H00 - "Un très bon résultat" -"Il avait un très bon résultat: à lui seul, la moitié de ceux de l'équipe de huit traders...", relève le président du tribunal. "Dans mon idée, il était aidé par son collègue, M. Meskine", répond Martial Rouyère.

15H55 - Aucun souvenir - "Quand j'ai pris connaissance de la première alerte, j'étais en voyage d'affaires. J'ai appris l'existence du problème en même temps que de sa solution", se souvient Rouyère. "L'avez-vous évoqué par la suite dans une réunion?", demande le président. "Je n'ai aucun souvenir de ce sujet", admet le supérieur de Kerviel.

15H45 - Alertes ignorées - Le président en vient aux signaux d'alerte émis par les services de contrôle, dès la fin mars 2007. A chaque fois, Kerviel s?en sort grâce à des explications « fumeuses » (selon ses propres termes), et à de faux mails émanant de pseudo-contreparties (BNP, SocGen Italie, JP Morgan, Deutsche Bank?). En mars 2008, un rapport interne a mis en cause les supérieurs directs de Kerviel pour leur absence de réactivité.

15H42 - "Une bonne gagneuse" - Kerviel a affirmé que tout le monde prenait des libertés avec ces limites. « Pas vu, pas pris », écrit-il dans son livre-témoignage. L?important dans une salle de marché étant, selon lui, «d?être une bonne gagneuse». Une référence au monde de la prostitution.

15H40 - Le plafond de delta One - Selon la Société Générale, le desk Delta One -celui de Kerviel- ne pouvait pas prendre de positions supérieures à 125 millions d?euros. Le prévenu a engagé jusqu?à 50 milliards.

15H37 - Limites, toujours et encore - Le président interroge Rouyère sur la question -récurrente- des limites du mandat de Kerviel. "Vous aviez la qualité de risk manager?"-"Qu'est-ce que cous entendez par là?"-" Ce n'est pas à moi qu'il faut poser la question! Est-ce que c'est vous qui fixiez la limites et veillez à son respect?" -"Oui, c'était ma responsabilité. Je recevais en fin de journée un reporting".

15H35 - "Saisir des opportunités."... - Interrogé sur les objectifs des traders, Rouyère répond: "en général, les traders junior n'ont pas d'objectifs chiffrés. Jérôme était quelqu'un de confirmé mais cela ne faisait pas de lui un senior". "A-t-il respecté ces objectifs?"- "Il les a dépassés"-"L'avez vous incité à faire plus?". Réponse détournée de Rouyère: "C'était une nouvelle activité, une façon pour nous de saisir des opportunités".

15H32 - Sieste - Derrière Jérôme Kerviel, son avocat Me Metzner, pique un petit somme, menton dans la poitrine, bras croisés.

15H30 - Sérieux - "Il était bien perçu?", interroge Dominique Pauthe, le président. "Tout à fait". -"Avez vous eu connaissance des positions hors limites prises par Jérôme Kerviel en 2005?"- "Je l'ai découvert avec l'affaire"-"Vous l'ignoriez avant?!", s'étonne le président.

15H25 - Arrêter la finance - Jérôme Kerviel aurait manifesté, en août 2007, "le souhait d'arrêter la finance". "C'est vrai?", lance le président au prévenu. Kerviel se lève et confirme : "J'avais envie de voir autre chose, ça faisait trois ans que je faisais du market making."

15H20 - Licencié - Comme Eric Cordelle, le supérieur direct de Kerviel, Martial Rouyère a été licencié le 20 mai 2008. "Il y a eu un accord transactionnel", précise le président Pauthe. "Tout à fait", confirme le témoin.

15H00 - Le couperet tombe - Après la découverte des positions hors-normes du trader, "en fin de journée, le vendredi, on décide que Jérôme ne reprend pas son activité lundi, tant que les choses ne sont pas éclaircies", explique Rouyère. La hiérarchie de Kerviel décide de s'assurer de l'existence réelle des contreparties aux opérations du trader. Martial Rouyère contacte un des interlocuteurs supposés du trader. Pour s'entendre répondre: "Je n'ai jamais traité avec Jérôme Kerviel". Le couperet vient de tomber.

14H57 - Comprendre ce qui se passe - "A ce moment là, on n'a encore pas de raison de soupçonner une fraude, raconte Martial Rouyère. La position est réelle, mais elle est tellement anormale qu'il faut comprendre ce qui se passe."

14H53 - Sérieux, volontaire, autonome - On arrive à ce fameux 18 janvier 2008, où Kerviel est démasqué. Martial Rouyère explique être informé par Philippe Baboulin (le n+3 de Kerviel) et un autre cadre des positions colossales de Kerviel. "Jusque là, j'avais l'image de quelqu'un de sérieux, volontaire, autonome, réactif. Je n'avais aucune raison de me plaindre de lui".

14H47 - "Situation intenable" - Rouyère expose, jargon abscons à l'appui, la nature des activités du desk Delta One. Il évoque des difficultés d'organisation. "L'équipe n'était pas assez étoffée, et relativement jeune. Le recrutement était un point crucial, il était difficile de trouver des traders qualifiés. Lorsque la crise arrive (en 2007), la situation est déjà tendue: les traders étaient surmenés. Mais on est passé d'une situation tendue à une situation intenable."

14H45 - A l?instar d?Eric Cordelle, Martial Rouyère, qui chapeautait trois équipes de traders, a été remercié par la Générale, officiellement pour avoir toléré des limites trop importantes dans les positions prises par les traders. C?est lui qui attribue au trader un bonus de 300.000 euros fin 2007. C?est aussi lui qui, le week-end où la fraude a été découverte, convoque Kerviel à Paris et mène les interrogatoires.

14H40 - Décontracté - Martial Rouyère, le "n+2" de Kerviel, entre dans la salle d'audience, visage poupin, allure décontractée, une bouteille d'eau et un livre à la main. Etat civil: 39 ans, cadre bancaire, il n'est "plus à la Société Générale".

14H35 L'AUDIENCE REPREND, ARRIVEE DE MARTIAL ROUYERE, UN DES SUPERIEURS DE KERVIEL.

13H15 - FIN DE L'AUDITION D'ERIC CORDELLE, l'un des supérieurs de Jérôme Kerviel. REPRISE DE L'AUDIENCE A 14H30.

13H13 - Echec du contrôle - Pour rappel, en juillet 2008, la commission bancaire avait infligé un blâme et une amende de 4 millions d?euros à la Société Genérale pour des "carences graves du système de contrôle interne".

13H12 - Bon élève, mais peut mieux faire - L'avocat de Jérôme Kerviel Me Metzner interroge Eric Cordelle sur l'appréciation de sa hiérarchie, fin 2007. "Ma hiérarchie était très contente de mon travail. Chose rare: mon n+1, mon N+2 et mon N+3 étaient là lors de l'entretien annuel. Ils étaient contents car j'avais su m'intégrer, car les résultats de l'équipe étaient satisfaisants. En revanche, la partie contrôles était présenté comme mon objectif pour 2008. Après l'apprentissage, en 2007, j'allais être le patron des traders."

13H11 - Cage aux lions - Me Metzner poursuit un interrogatoire au ton mordant : "En huit mois, vous avez employé trois traders. Mais vous n'avez pas eu le temps de consulter la base de données des traders?" Réponse de Cordelle: "Il y avait d'autres priorités, bien plus vitales: c'était de faire que le business n'explose pas". Metzner : "Est-ce que vous n'avez pas l'impression qu'on vous a mis dans une cage aux lions, sans vous prévenir que l'un, Kerviel, a déjà mordu deux fois? Qu'il a déjà fait du dépassement?" - "Rétrospectivement: la réponse est oui".

12H34 - Tâches quotidiennes - "J'ai appris que vous ne lisiez pas les fichiers joints, ironise Me Metzner. Mais que faisiez-vous en tant que manager? Vous ne regardiez pas les volumes, la trésorerie?". Eric Cordelle se lance alors, tant bien que mal, dans une description de la gestion de ses tâches quotidiennes, celles "d'un manager d'une équipe victime de sa croissance, qui a besoin de reprendre pied".

12H25 - Guerre de chiffres - Me Huc-Morel, le jeune avocat qui seconde Me Metzner, interroge Eric Cordelle sur des aspects comptables, tableaux Excel à l'appui. L'ex-supérieur de Kerviel, mal à l'aise, se défend :"ce ne sont pas les fichiers d'origine"- "Lorsque vous regardez ce fichier à la date du 15 août 2007, vous constatez que la trésorerie de Jérôme Kerviel vous a coûté en terme d'intérêt débiteur 6 millions d'euros ?" demande l'avocat. "Je ne sais pas, le 15 août, c'est la première fois que je reçois ce fichier, et je ne regarde pas cette colonne", tente d'expliquer Cordelle.

12H10 - Signes énervants - Me Metner interrompt brusquement l'interrogatoire de la partie civile. "Une avocate fait des signes à Cordelle pour lui dire comment répondre, s'énerve le conseil de Kerviel. Vous ne la voyez pas Monsieur le président, mais elle fait des signes!"

12H00 - Vie détruite - Me Martineau, un des avocats de la Société Générale, interroge Eric Cordelle sur les opérations frauduleuses : "Kerviel vous a-t-il parlé de ses prises de positions directionnelles hors mandat jusqu'à 30 milliards ?"-"Non, répond Cordelle, qui affirme qu'il serait "parti en courant du poste!" s'il avait été au courant. L'ancien supérieur de Kerviel l'accuse d'avoir détruit en partie sa vie personnelle et professionnelle. "Oui, je lui en veux. Enfin, je ne sais pas à qui j'en veux".

11H56 - Affluence - Les bancs du public, comme ceux des journalistes, sont bondés ce matin. Les auditions des trois supérieurs de Kerviel, directement mis en cause par la défense, suscitent un grand intérêt. Ils pourraient être déterminants. En novembre 2008, pendant l?instruction, Jérôme Kerviel avait directement mis en cause ses supérieurs, affirmant qu?ils "avaient couvert ses transactions pendant plusieurs années " et s?étaient servi de lui " comme un fusible "

11H49 - Impossibles vacances - "Jérôme était particulièrement travailleur, il n'a pris que 4 jours de vacances en 2007", raconte Eric Cordelle, qui avoue qu'il était souvent impossible pour les traders de prendre leurs congés. "C'est pas bien, mais ça arrange tout le monde. Il était quasi impensable que Jérôme puisse quitter son poste."

11H45 - Serein. Le président revient à la charge: Eric Cordelle n'a-t-il rien remarqué dans l'attitude de l'ex-trader? "Je me demande aujourd'hui comment il faisait pour faire son travail de façon relativement sereine, se remémore son n+1. J'ai le souvenir de l'avoir vu se battre pour 1000 euros avec un client. Alors quand on découvre ensuite les 2,5 milliards de pertes, on n'a pas d'explication."

11H42 - Pas de recherches. "Ces 2,5 milliards de pertes latentes, pourquoi ne vous crèvent-elles pas les yeux ?", demande Dominique Pauthe. "Je ne sais pas comment elles ont été extirpées du système, explique Eric Cordelle, qui fait désormais face au tribunal à côté de Jérôme Kerviel, également debout. Mais personne ne les cherchait. Parce que Jérôme était quelqu'un de confiance, qui collaborait avec ses collègues. On n'imaginait pas qu'il puisse cacher ça au fond d'un portefeuille. Oui, c'est énorme, mais si on ne cherche pas, je comprends qu'on ne trouve pas.'

11H37 - Kerviel, quelqu'un à surveiller - "J'en viens à ces "mouvements quasi stratosphériques" qui sont passés inaperçus, annonce le président. C'est vrai, c'est passé inaperçu les 30 milliards de positions?" Réponse de Cordelle: "Tout à fait". "Comment c'est possible?"-"Elle étaient masquées" justifie-t-il. "Pourtant, des anomalies ont été décelées à partir d'avril 2007 (...) et ça a continué toute l'année. C'était quelqu'un à surveiller." poursuit le président. "Ces problèmes comptables ne sont pas réglés à mon niveau", se contente de répondre le supérieur de Kerviel.

11H00 - Mensonges crédibles - Le président enfonce le clou sur les écarts de trésorerie de Kerviel: "Jérôme Kerviel a déclaré, à propos de sa trésorerie fin 2007, qui s'élevait à 1,4 milliard, qu'elle aurait dû être 70 fois moins importante". Réponse de son ex-supérieur: "Jérôme a toujours su trouver des raisonnements et des explications convaincantes. Concrètement, il mentait du début à la fin, mais chaque fois qu'il m'expliquait quelque chose, c'était crédible." "Certes il avait une très bonne progression (de ses résultats) (...), mais il choisissait ses chiffres pour que ça ait l'air crédible".

10H50 - Ecarts anormaux - Le président en vient à la question de la trésorerie de Kerviel qui présentait des écarts anormaux qui auraient dû, selon la défense, alerter sa hiérarchie. "La trésorerie n'est pas représentative des résultats, je ne voyais pas ça comme un outil de contrôle", explique-t-il, un peu embarrassé. "Le fait qu'une trésorerie fluctue ne signifie pas qu'il y a fraude". Placé à sa droite, un peu en retrait, le prévenu Kerviel a le visage fermé des mauvais jours, les yeux cernés, il dévisage son ancien chef, le regard acéré.

10H30 - Dans l'ignorance - Le président interroge Eric Cordelle sur le contrôle des opérations des traders. Réponse édifiante: "Je n'avais ni les moyens ni la connaissance pour le faire. Je se savais pas utiliser Eliot (la base de données des traders). J'ai eu une formation de deux heures, je savais rentrer mon identifiant et puis voilà. Vérifier les transactions une à une, c'est peut-être ce que j'aurais dû faire plus tard, quand j'aurais été formé. Mais pour faire cela, il aurait fallu suspecter la fraude". Le n+1 de Cordelle explique alors ne pas avoir été informé des précédents dépassements de Kerviel (il avait notamment été épinglé en 2005).

10H25 - Point de vue - "J'ai déménagé 4 fois en l'espace de huit mois, j'ai dû passer 15 jours ou trois semaines à côté de Jérôme", relate Eric Cordelle, qui explique avoir navigué géographiquement sur le desk, pour finir à l'extrémité d'une ligne de traders. "Vous aviez un point de vue privilégié?"-"Non, au Japon on est assis face aux gens qui travaillent, de là on a un point de vue privilégié. Là j'étais au milieu".

10H00 - Kerviel, "quelqu'un de fiable" - Le président poursuit son interrogatoire: "Quel tableau vous a dressé Martial Rouyère de ce desk?". "Delta One avait la réputation d'avoir beaucoup beaucoup de travail. C'était des produits très simples, mais cela exigeait d'être toujours devant son écran", se souvient Eric Cordelle."Et l'équipe?"-"Il y avait des gens sur qui on pouvait s'appuyer. Jérôme en faisait partie: ll travaillait bien, avait des résultats en croissance, c'était quelqu'un de fiable"-"Performant?"-"Oui, performant".

9H55 - Méconnaissance dissimulée - "Quelle est votre formation?", interroge Dominique Pauthe. "J'ai reçu une formation d'ingénieur à Polytechnique, puis une spécialisation en statistiques à l'ENSAE. Je n'avais aucune expérience du trading", répète Cordelle. C'est Martial (Rouyère, le n+3 de Kerviel) qui m'expliquait le métier. Il ne fallait pas que je montre aux traders que je ne connaissais pas le métier."

9H50 - Procédure aux prud'hommes - "J'ai appris qu'il y avait des soucis avec Jérôme autour du 18 janvier 2008, je n'ai pas participé à ce qui s'est passé ce week-end là (où Jérôme Kerviel a été cuisiné après la découverte de la "fraude"), raconte Eric Cordelle. Une semaine plus tard, j'ai appris qu'une procédure de licenciement était lancée. Début avril 2008, j'ai saisi les prud'hommes, et j'ai été officiellement licencié en mai". "Pour insuffisance professionnelle", précise le président, Dominique Pauthe, avant de demander: "Y a -t-il eu une transaction financière?". "Non, répond le témoin, d'ailleurs, je suis toujours en procédure aux prud'hommes".

9H45 - Pas trader - Eric Cordelle explique avoir officié pendant 5 ans au Japon dans l'ingénierie, pour la SocGen. Il rentre fin 2006 à Paris, c'est là qu'on lui propose de manager le desk Delta One produits listés. "Ils avaient besoin d'un manager car il n'y avait plus personne depuis plusieurs mois, explique le témoin. Je n'étais pas trader, mais j'avais acquis des bases de management au Japon. C'était une équipe jeune, Jérôme faisait partie des seniors."

9H38 - ERIC CORDELLE: LE N+1 - C?est le patron du desk « Delta One Listed Products », supérieur direct du prévenu, à partir de 2007. Polytechnicien, Eric Cordelle officiait auparavant pour la SocGen à Tokyo, mais il n?a aucune expérience du trading lorsqu?il est nommé à La Défense. Pour l?instruction, c?est son arrivée qui a laissé le « champ libre » à Kerviel. Il a d?ailleurs été débarqué de la banque après l?affaire. Ses confrontations avec Kerviel pendant l?instruction ont été très tendues : pour le prévenu, Cordelle, qui travaillait « à deux mètres de son propre poste » et était censé faire le reporting quotidien de ses opérations, est responsable. L?intéressé affirme quant à lui n?avoir « jamais été au courant des positions dissimulées » du trader : « en plus d?être un fraudeur », Jérôme Kerviel est « un menteur », a-t-il déclaré à Renaud Van Ruymbeke.

9H40 - Recherche d'emploi - Le n+1 de Kerviel pénètre dans la salle d'audience, il décline son état civil. Grand et élancé, cheveux châtains, le supérieur direct de Kerviel est cité par la défense. Il a 38 ans et se présente comme "à la recherche d'un emploi"

9H35 - REPRISE DU PROCES AVEC LE TEMOIGNAGE D'UN DES SUPERIEURS DE KERVIEL, ERIC CORDELLE.

9H28 - LA STRATEGIE DE DISSIMULATION DE KERVIEL - Pour dissimuler ses positions, Kerviel saisissait, ou faisait saisir par son assistant, des opérations fictives en sens inverse dans la base de données des traders, la base « Eliot ». Il utilisait aussi le mode « pending » (en attente), qui lui permettait d?échapper au contrôle de back-office. Pour la commission bancaire, c?est la diversité des techniques employées par Kerviel qui a brouillé les pistes. Une analyse reprise par le juge d?instruction Van Ruymbeke : « ce sont les mensonges réitérés qui ont mis en échec les procédures de contrôle », écrit-t-il dans l?ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel.

9H25 - AU MENU DE L'AUDIENCE DU JOUR - Le procès de Jérôme Kerviel entre dans sa troisième et dernière semaine. Le tribunal poursuit aujourd?hui son examen des contrôles -infructueux- opérés par la Société Genérale sur les opérations de son trader. Les trois supérieurs directs du prévenu, témoins très attendus, doivent se succéder à la barre : Eric Cordelle (n+1), Martial Rouyère (n+2) et Philippe Baboulin (n+3). Depuis le début de son procès, le prévenu scande sa thèse comme un leitmotiv : sa hiérarchie ne pouvait pas ne pas être au courant de ses prises de risques, qui ont fini par conduire début 2008 à la perte de 4,9 milliards d'euros pour laquelle il est jugé. Poursuivi notamment pour abus de confiance et faux, l?ex-trader encourt 5 années de prison et 375 000 euros d?amende.

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