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Côte d'Ivoire: Ouattara ordonne l'arrêt des exportations de cacao et café

Lundi 24 Jan 2011 à 22:50

Alassane Ouattara, seul président ivoirien reconnu par la communauté internationale, a ordonné lundi l'arrêt pour un mois des exportations de cacao dont le pays est 1er producteur mondial, et de café, espérant étrangler financièrement Gbagbo pour qu'il lui cède le pouvoir.

Le gouvernement Ouattara "informe les opérateurs économiques de l'arrêt immédiat de toute exportation de café et de cacao à compter du lundi 24 janvier 2011 et ce jusqu'au 23 février 2011", a annoncé dans un communiqué le Premier ministre Guillaume Soro.

Les contrevenants "seront considérés comme finançant les activités de l'administration illégitime de Monsieur Laurent Gbagbo et s'exposent à des sanctions internationales, sans préjudice des poursuites pénales des juridictions nationales", a menacé M. Soro.

Le cacao et le café -dont la Côte d'Ivoire est 12e producteur mondial- représentent 40% des recettes d'exportations du pays et environ 20% de son PIB.

Cette annonce a eu un effet immédiat sur les cours du cacao qui se sont envolés lundi sur les marchés de Londres et New York, avec un bond de 6% dans les premiers échanges.

Le porte-parole du gouvernement Gbagbo, Ahoua Don Mello, a affirmé à l'AFP que la mesure "n'aura aucun effet sur le terrain".

Son collègue ministre du Budget, Justin Katinan Kone, a dénoncé lors d'un point presse "une affaire purement commerciale" en accusant, sans le nommer, "un exportateur très proche de M. Ouattara" d'avoir "bénéficié de l'embellie des cours (...) pour pouvoir faire des grosses affaires".

"Toutes les dispositions ont été prises pour que les exportateurs puissent vendre tranquillement leurs produits", a-t-il assuré.

Selon Gilles Yabi, directeur projet Afrique de l'Ouest à l'ONG International Crisis Group (ICG), "si quelques opérateurs hésitent et appliquent ce mot d'ordre, ce sera déjà quelques millions (de francs CFA) en moins pour Gbagbo, et c'est l'objectif du camp Ouattara".

Les Etats-Unis ont soutenu l'appel à l'embargo, qui "fait partie de notre stratégie pour priver de ressources" M. Gbagbo, a déclaré le porte-parole de la diplomatie américaine Philip Crowley, accusant le président sortant d'utiliser les ressources économiques ivoiriennes afin "d'acheter le soutien de l'armée et des acteurs politiques".

La décision de M. Ouattara illustre un peu plus la grave crise dans laquelle la Côte d'Ivoire est plongée depuis la présidentielle du 28 novembre.

M. Ouattara et Gbagbo s'estiment chacun président légitime et ont formé chacun un gouvernement. Le premier a été reconnu par la quasi-totalité de la communauté internationale, qui presse en vain le second de quitter le pouvoir.

Après l'échec de plusieurs médiations africaines pour une solution pacifique, et avant une hypothétique action militaire brandie par l'Afrique de l'Ouest, lui couper les vivres est l'autre stratégie pronée par M. Ouattara et ses soutiens extérieurs pour pousser Laurent Gbagbo vers la sortie.

Samedi, le camp Ouattara avait marqué un point politico-économique avec le départ du gouverneur ivoirien de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), Philippe-Henry Dacoury-Tabley, un proche de M. Gbagbo.

Il était accusé de n'avoir pas respecté la décision ministérielle de donner à M. Ouattara la signature à la BCEAO et d'avoir autorisé le décaissement de quelque 60 milliards de francs CFA (91,5 millions d'euros) en faveur du régime Gbagbo.

L'Union européenne, qui a déjà gelé les avoirs de M. Gbagbo, de 90 membres de son entourage et de plusieurs entreprises, n'a pas exclu à terme de recourir à l'arme de l'embargo commercial pour faire plier M. Gbagbo.

Le camp Gbagbo a assuré à l'AFP lundi que les salaires des fonctionnaires avaient été versés pour janvier.

Sur le plan militaire, le projet de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) d'intervenir pour déloger M. Gbagbo reste au stade de la menace. Mais le Nigeria, qui assure la présidence tournante de cette organisation, a demandé lundi au Conseil de sécurité de l'ONU d'autoriser l'usage de la force.

"Sans une résolution du Conseil de sécurite de l'ONU, un recours à la force de la Cédéao ne serait pas légitime", a dit à l'AFP le ministre nigérian des Affaires étrangères Odein Ajumogobia.

La crise postélectorale en Côte d'Ivoire a fait 260 morts depuis la mi-décembre, selon l'ONU.

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