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Loin de Paris, un Fillon "décontracté" persiste et signe sur la rigueur

Lundi 19 Jul 2010 à 09:55

François Fillon a assuré lundi qu'il "ne regrettait pas" d'avoir brisé le tabou de la rigueur, au terme d'un long voyage qui, de Tokyo à Nouméa, a vu un Premier ministre affichant sa "décontraction" au point même d'accepter d'évoquer son avenir à Matignon.

"Oui, nous menons une politique de rigueur s'agissant de la dépense, je n'ai pas peur d'utiliser ce mot", a insisté le Premier ministre à Nouméa.

Vendredi au Japon, il avait surpris en utilisant pour la première fois ce terme jusqu'à présent banni par le pouvoir, Nicolas Sarkozy en tête.

Lundi, il a certes voulu nuancer, assurant qu'il parlait bien du budget de l'Etat et non pas de "l'ensemble de (la) politique économique et financière". Mais le mot est définitivement assumé: "Je ne le regrette pas, je ne le retire pas et je le répèterai chaque fois que j'en aurai l'occasion".

Devant quelques journalistes, le chef du gouvernement s'est aussi laissé aller à s'épancher un peu, chose rare pour cet homme qui cultive habituellement le secret vis-à-vis de la presse, même pendant ses déplacements.

Sur la rigueur, il fustige un débat qui n'a "aucun intérêt". Et plaisante: "si vous voulez je vous le redis: rigueur, rigueur, rigueur!".

"On est dans une situation difficile, on ne mène pas une politique populaire", a-t-il reconnu, évoquant la crise économique et financière qui conduit l'Etat à raboter ses budgets. Et il pense que les citoyens ne seront convaincus de la justesse de cette politique que lorsqu'ils commenceront "à voir les débuts de la reprise".

Interrogé sur son bail à Matignon, le Premier ministre reprend une phrase qu'il a répétée de multiples fois en lançant qu'il n'en "sait rien", ajoutant: "si je le savais, je ne vous le dirais pas". Mais si Matignon n'est pas un "enfer", il a cette formule: "au bout de trois ans et quelques mois on n'a plus rien à prouver, on est décontracté".

La perspective d'un remaniement en octobre a été confirmée par Nicolas Sarkozy lors de son intervention télévisée il y a une semaine.

Mais l'hypothèse d'un changement de Premier ministre a été maintes fois contrecarrée par la difficulté de lui trouver un successeur. Depuis des mois, les "premiers ministrables" successifs ont tous été plus ou moins disqualifiés : Brice Hortefeux après sa remarque sur les Arabes, Xavier Darcos finalement écarté du gouvernement, Eric Woerth avec l'affaire Bettencourt...

A Nouméa, François Fillon a d'ailleurs été contraint de revenir sur le front pour défendre son ministre du Travail, sifflé la veille sur une étape du Tour de France.

"Eric Woerth n'a commis aucune faute, n'a en rien favorisé les affaires fiscales de Mme Bettencourt", a-t-il répété.

Samedi, le ministre a pourtant été de nouveau mis en difficulté par la publication des déclarations du gestionnaire de la fortune de l'héritière de L'Oréal, Patrice de Maistre, qui a assuré que M. Woerth, alors ministre du Budget, lui avait "demandé de recevoir sa femme" pour "essayer de la conseiller sur sa carrière".

Florence Woerth a travaillé entre novembre 2007 et juin dernier pour Clymène, la société de M. de Maistre. Liliane Bettencourt, l'une des plus grosses contribuables de France, est suspectée de fraude fiscale.

"Non seulement Eric Woerth pourra défendre la réforme des retraites mais il sera peut-être plus fort qu'en entrant dans cette crise", a dit François Fillon lors de son entretien avec quelques journalistes.

Mais pour le moment c'est un ministre affaibli qui se présentera à partir de mardi en commission à l'Assemblée nationale, pour l'examen de la réforme.

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