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Parier sur les gagnants de la baisse de l'euro

Lundi 07 Jun 2010 à 11:29

(AOF / Funds) - Malgré les plans de sauvetage mis en place par les gouvernements de la zone euro et le FMI, malgré la confirmation que la croissance se consolide dans les pays émergents et aux Etats-Unis, l'aversion pour le risque reste forte. Les investisseurs ont besoin d'être rassurés sur le sort des pays du sud de l'Europe. Les plans d'austérité décidés dans ces pays vont dans le bon sens. Mais il faudra plusieurs trimestres, pendant lesquels la volatilité restera élevée, avant que ces plans ne se concrétisent par une amélioration effective des finances publiques et que l'on en mesure les conséquences en termes de croissance ou de chômage.

Cela ne devrait pas empêcher de s'exposer raisonnablement aux actifs risqués qui apparaissent aujourd'hui bon marché, en particulier les entreprises, les secteurs ou les pays qui profiteront le plus de la baisse de l'euro. En effet, celle-ci devrait permettre de compenser intégralement les effets négatifs du durcissement des politiques budgétaires en zone euro pour les deux prochaines années. Avec un euro déprécié de 10 % (1,20 $ au lieu de 1,35 $), le PIB de la zone euro augmentera de 0.7 pp de PIB pendant deux ans, soit autant sinon plus que ce que retranchera à la croissance le durcissement budgétaire. Ajoutons à cela que la BCE devrait maintenir longtemps une politique accommodante. Cependant, tous les pays de la zone ne sont pas égaux devant cette baisse de la devise. Les principaux gagnants seront d'abord l'Allemagne, les Pays-Bas et à un degré moindre la France. En Allemagne, le chômage a déjà commencé à se stabiliser et la croissance promet d'être forte en 2011.

A l'opposé, la baisse de l'euro ne résoudra pas les déséquilibres des balances courantes des pays d'Europe du Sud qui sont essentiellement «internes» à la zone euro. A titre indicatif, le déficit courant de la Grèce représente 10 % du PIB, dont 7 % du PIB vis-à-vis de ses partenaires de la zone. Pour résorber ces déficits «internes», la baisse de l'euro est par nature sans effet. L'ajustement passe par une hausse de l'épargne et des réformes pour restaurer la compétitivité-prix, autrement dit une plus grande flexibilité des salaires et des prix et d'importants gains de productivité. A court terme, ces évolutions pèseront inévitablement sur la croissance de ces pays déjà affectés par l'austérité budgétaire. L'Espagne vient d'en faire l'amère expérience en étant dégradée par l'agence Fitch de AAA à AA+. Mais restaurer la confiance est à ce prix.

Par Michel Martinez, stratégiste, groupe Amundi

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