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Crise de la zone euro: le bras-de-fer entre gouvernements et marchés

Dimanche 16 Mai 2010 à 11:28

Les milieux politiques et financiers se rejettent la responsabilité dans la crise de la zone euro pour tenter de masquer leurs échecs respectifs, relèvent des experts.

De nombreux responsables politiques accusent les investisseurs sur les marchés de spéculer, comme par exemple de parier sur la faillite de la Grèce, d'aggraver ainsi la crise budgétaire de ce pays et de la propager à l'ensemble de la zone euro.

La chancelière allemande Angela Merkel a parlé la semaine dernière à Bruxelles d'"un combat des politiques contre les marchés", et le président français Nicolas Sarkozy a promis de "combattre sans merci" les spéculateurs qui "doivent savoir qu'ils en seront pour leurs frais".

Le chef économiste de la banque Unicredit Marco Annunziata met en garde contre une "chasse aux sorcières". "Diaboliser les marchés a été un thème récurrent dans la rhétorique des décideurs politiques européens depuis le début de la crise de la dette", selon lui.

Une façon peut être de masquer les propres difficultés des gouvernements, qui ont laissé filer leurs déficits. Et les dissensions affichées entre les responsables sur la réponse à donner à la crise n'ont pas renforcé la confiance dans la zone euro, juge-t-il.

Les marchés profitent aussi des difficultés des pays du G20 à accorder leurs violons sur une régulation des marchés financiers, dont certains pans échappent à tout contrôle, et dont les excès sont largement responsables de la crise du "subprime" (crédits immobilers à risques aux Etats-Unis) de l'été 2007 qui s'est muée en crise financière mondiale.

Taxe sur les institutions financières, contrôle des fonds spéculatifs, révision du système des agences de notation: les projets des Etats ne manquent pas, mais les progrès sont lents.

Le prochain sommet des grands pays industrialisés et émergents est prévu en juin à Toronto (Canada).

"Il faudra imposer des règles strictes (...) mais ce sera encore plus dur à atteindre que la déréglementation", a prédit le grand investisseur américain George Soros en avril.

En effet "il sera difficile de faire passer l'intérêt général avant les intérêts nationaux", a-t-il estimé.

Dans les faits les "marchés apparaissent comme étant ceux qui décident du déroulement des événements, les politiques suivent et en dernier les institutions (...) comme la BCE", indique Ansgar Belke, directeur de recherche à l'institut de conjoncture allemand DIW, à l'AFP.

Lorsque les taux d'intérêts obligataires ont atteint des sommets et que le cours de l'euro s'est brutalement affaissé début mai, l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI) ont monté un plan historique de 750 milliards d'euros pour protéger les Etats de la zone euro les plus fragilisés.

La Banque centrale européenne a ensuite brisé un tabou en décidant d'acheter des obligations publiques pour contribuer à la normalisation de ce marché clé pour le refinancement des Etats.

D'abord calmés par cette avalanche de mesures, les marchés se sont remis à douter. Vendredi, l'euro a repris sa dégringolade, tombant jusqu'à 1,2355 dollar, son plus bas niveau depuis le 28 octobre 2008.

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