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Le malaise à Pôle emploi raconté par une "taupe" dans un livre

Mercredi 10 Mar 2010 à 14:19

Après un reportage d'Envoyé spécial, un livre, le premier depuis la fusion ANPE-Assedic, décrit le malaise à Pôle emploi dont un conseiller raconte "les agents qui craquent" et un climat de suspicion envers les chômeurs prêts à tout pour éviter la radiation.

Un demandeur d'emploi s'est senti obligé de déposer ses deux dents sur le bureau de son conseiller pour expliquer pourquoi il n'était pas venu à sa convocation à cause d'un rendez-vous de dentiste, selon ce conseiller, co-auteur de "Confession d'une taupe à Pôle emploi", publié ce mercredi.

Signant sous un pseudonyme, il est entré il y a sept ans à l'ANPE et fait partie des quelques dizaines d'agents victimes d'une agression physique en 2009 : un demandeur d'emploi, irrité par un problème administratif, a renversé son bureau et lui a asséné un coup de poing au visage.

Selon lui, "les populations qui défilent dans les agences sont davantage fragilisées et encore plus désabusées" et "depuis la naissance de Pôle emploi en janvier 2009, la situation s'est encore dégradée".

En cause : le manque de moyens qui fait qu'"il arrive aux agents de prendre leurs affaires et de s'installer dans la cuisine du personnel (...) lorsque aucun bureau n'est libre", le "grand n'importe quoi" du système informatique qui voit un intermittent du spectacle recevoir le même jour quatre lettres différentes sur le calcul de son indemnisation.

Comme dans Envoyé spécial, le fonctionnement kafkaïen du 3949 est mis en cause et la surcharge des conseillers, amenés à suivre 130, voire 198 demandeurs d'emploi, en contradiction avec les assurances du gouvernement avant la fusion.

Ce petit livre, auquel la journaliste Aude Rossigneux a apporté certains témoignages et prêté sa plume, étale aussi le ras-le-bol face à un système qui "orchestre la suspicion permanente", décrit comme une "machine à radier".

"J'en ai marre que des employeurs s'imagines qu'en france les gens ne veulent pas bosser et que les smicards préfèrent rester au chômage" et "ce n'est plus possible d'entendre dire que si Pôle emploi va mal c'est seulement la faute à la crise", peut-on lire.

La "taupe" raconte au contraire comment un chef d'entreprise peu scrupuleux a débauché le salarié d'un concurrent, le poussant à s'inscrire à Pôle emploi avant lui signer son contrat afin de toucher une aide de l'Etat et avoir 45% de salaire en moins à lui payer pendant douze mois.

"Cela donne une vision assez négative qui ne correspond pas à la réalité", a commenté mercredi le directeur général, Christian Charpy, en marge de la publication des chiffres de l'emploi.

"Il n'y a pas eu d'instructions, ni de prime donnée aux collaborateurs ou aux directeurs d'agence qui radient", a-t-il également déclaré.

L'ouvrage ne parle pas de prime aux radiations mais décrit le fonctionnement de la prime collective d'intéressement versée aux agents de Pôle emploi sur le résultat de leur accompagnement.

("Confessions d'une taupe à Pôle emploi" - Gaël Guiselin et Aude Rossigneux - Calmann-Lévy - 132 p. - 11,50 euros - en librairie le 10 mars)

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