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La crise grignote le patrimoine des riches familles industrielles allemandes

Dimanche 11 Jan 2009 à 14:05

Plusieurs grandes familles industrielles allemandes, réputées à l'abri des turbulences financières, accusent de fortes pertes depuis le début de la crise, comme l'illustre la spectaculaire débâcle de l'empire d'Adolf Merckle, qui a fini par se suicider.

A 74 ans, il s'est jeté sous un train lundi soir, tout près de sa demeure de Blaubeuren, petite localité du sud-ouest de l'Allemagne, où il vivait en toute discrétion, victime selon sa famille de la "crise financière".

Adolf Merckle a entre autres perdu des millions d'euros en spéculant sur l'action Volkswagen, prise de folie boursière à l'automne. Pour prix de la survie du conglomérat, les banques ont exigé la vente du groupe de pharmacie Ratiopharm et le départ du fils dont le défunt patriarche avait fait son héritier.

Ce cas, auquel s'ajoute celui de la famille Schaeffler, eux aussi discrets milliardaires contraints de s'endetter fortement pour racheter l'équipementier automobile Continental, a choqué l'Allemagne, convaincue jusque là de la solidité des entreprises familiales, vues comme le miroir inversé des fonds spéculatifs.

Un choc d'autant plus vif que le tissu économique est intrinsèquement lié à ces sociétés, perçues comme les garants d'un capitalisme traditionnel et social.

En Allemagne, 95% des entreprises sont familiales, selon une étude de la Fondation des entreprises familiales. La proportion est équivalente dans d'autres pays européens mais, fait plus rare, l'Allemagne compte un nombre élevé de grands groupes familiaux, parfois cotés, souvent détenus par de véritables dynasties qui ont traversé les âges.

Ainsi en va-t-il de Porsche, de BMW avec les Quandt, du groupe de distribution Metro, des lessives Persil de Henkel ou du premier équipementier automobile mondial Bosch, toujours sous l'influence de la famille éponyme.

"La crise actuelle va laisser plus de traces dans les grands patrimoines familiaux que les 4 ou 5 dernières récessions réunies", estime Joachim Paul Schäfer, conseiller en patrimoine de grandes fortunes.

Selon le calcul qu'il a effectué pour le magazine Wirtschaftswoche, les 20 familles les plus riches d'Allemagne ont déjà perdu 40 milliards d'euros en bourse.

Les familles "ont diversifié leur patrimoine ces dernières années, en le faisant gérer par des +family offices+", qui ont investi sur le marché, explique à l'AFP Tom Rüsen, directeur de l'Institut pour les entreprises familiales de Witten (WIFU).

D'autres ont aussi vu la valorisation de leur participation fondre avec les cours de Bourse. Ainsi la valeur de la part de la famille Quandt, première actionnaire de BMW, a été divisée par deux en un an.

Les experts interrogés le martèlent en fidèles défenseurs de ce modèle économique: les récents exemples sont des "exceptions".

"Il y a des aventuriers, mais c'est une minorité. (...) Les entreprises familiales contrôlent davantage le risque", déclare Ralf Götz, de la société de conseil en patrimoine DVAG, elle-même entreprise familiale.

"L'idéal-type (de l'entrepreneur familial) tend vers un comportement économique prudent, orienté vers le long terme, parce qu'il s'inquiète des générations futures et est lié de façon émotionnelle à son personnel. Au contraire des groupes cotés où règnent les managers", abonde Gehrd Habermann, expert de l'association des entreprises familiales ASU.

Mais, reconnaît-il, "plus elles sont grandes plus la différence avec les groupes cotés est mince".

Tom Rüsen du WIFU va plus loin, justifiant les pratiques de Schaeffler ou Porsche, qui ont mis sur pied une stratégie complexe pour s'emparer à la surprise générale de géants de l'industrie allemande.

Ces sociétés sont justement là "pour briser les structures de marché", y compris avec des méthodes "qui deviennent la norme", selon lui. Quitte à utiliser les mêmes que celles des fonds spéculatifs...

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