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Le conflit en Géorgie est pour l'heure sans effet sur les prix du pétrole

Mardi 12 Aoû 2008 à 12:36

Le conflit en Géorgie, qui menace un oléoduc stratégique acheminant des hydrocarbures de la mer Caspienne, n'a pour l'heure pas constitué un frein à la baisse des prix pétroliers: le baril a perdu près de 40 dollars en un mois et touché mardi matin le seuil de 110 dollars.

Malgré la menace potentielle sur les approvisionnements que constitue le conflit, le prix du baril de brut est descendu jusqu'à 110 dollars à Londres, une première depuis fin avril et 112,48 dollars à New York.

Vers 11H15 GMT, le baril de brut s'échangeait toujours en baisse, à 111,54 dollars à Londres et 113,21 dollars à New York.

Bien que la Géorgie ne produise pas de pétrole, elle a été choisie par les "majors" occidentales comme voie de passage pour acheminer les hydrocarbures de la mer Caspienne: l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC), qui aboutit au port méditerranéen de Ceyhan, en Turquie, transite par ce petit pays pro-occidental.

D'une capacité de transport maximale d'1,2 million de barils par jour, ce pipeline, dont la construction a coûté pas moins de 3 milliards de dollars, a été inauguré en 2006.

L'aviation russe a bombardé cet oléoduc, ont affirmé mardi les autorités géorgiennes. Le commandement russe a réagi en affirmant que l'oléoduc BTC "n'est pas une cible" de l'armée russe, tandis que BP, qui opère le pipeline, a dit ne pas être au courant d'une telle attaque.

La situation peut donc sembler paradoxale: les prix continuent de baisser alors qu'une infrastructure transportant plus d'1% de l'offre mondiale de brut semble directement menacée.

Une série d'éléments explique néanmoins l'apparente indifférence du marché pétrolier.

"L'oléoduc ne fonctionne pas de toute façon en ce moment, parce que les Kurdes l'ont fait exploser en territoire turc", a rappelé Nathalia Leshchenko, analyste du cabinet indépendant Global Insight.

Depuis qu'il a été touché le 5 août par un incendie provoqué par une explosion sur un tronçon situé dans l'est de la Turquie, l'oléoduc est fermé pour quinze jours.

Selon Nathalia Leshchenko, cela réduit les risques liés à une éventuelle attaque: si l'infrastucture était bombardée, "il n'y aurait pas d'incendie car il n'y a rien à brûler", a-t-elle souligné.

"Le tronçon géorgien est assez court, ce qui fait que l'infrastructure pourrait être réparée assez rapidement, dans un délai d'environ six semaines, selon nos estimations", a-t-elle ajouté.

Autre élément tempérant les inquiétudes, le pétrole transitant via cet oléduc peut être transporté par le rail, ou emprunter un oléduc russe aboutissant au terminal de Novorossiisk, sur la mer Noire, ou, troisième alternative, utiliser un oléoduc aboutissant au terminal de Supsa, en Géorgie, sur la mer Noire.

De surcroît, la guerre de propagande qui fait rage entre la Russie et la Géorgie, rend les opérateurs prudents et de ce fait moins réactifs aux diverses annonces.

"Comme les deux parties en présence se sont engagées dans une guerre de désinformation, il est difficile d'échanger du pétrole en fonction des gros titres" liés au conflit, notait ainsi Olivier Jakob, analyste du cabinet Petromatrix.

Enfin, le marché a été "rassuré d'apprendre que la Russie arrêtait ses opérations militaires", a ajouté Andrey Kryuchenkov, analyste de la maison de courtage Sucden.

Le président russe Dmitri Medvedev a en effet ordonné mardi la fin de l'opération militaire russe en Géorgie.

Indifférents à la situation dans le Caucase, les opérateurs n'ont en fait d'yeux que pour la consommation pétrolière qui s'essouffle et le dollar qui remonte.

"Le dollar profite d'un rebond important depuis vendredi", qui met sous pression le marché pétrolier, a souligné ainsi Andrey Kryuchenkov.

Le regain du dollar décourage les acquisitions de pétrole, car il érode le pouvoir d'achat des investisseurs hors zone euro.

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