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Changes : rien ne change ?

Lundi 11 Oct 2010 à 09:49

(AOF / Funds) - Quand, il y a deux ans, Nicolas Sarkozy avait lancé l'idée d'un nouveau Bretton Woods - du nom de cet accord mondial qui avait donné naissance au FMI, à la Banque mondiale et, avec eux, au système monétaire international des cinquante dernières années -, la réaction quasi unanime, notamment dans le monde anglo-saxon, avait été... de lui rire au nez. On y avait vu, dans la presse financière internationale, un nouveau signe des prétentions cartésiennes des Français à vouloir réguler le monde, une nouvelle preuve de la mégalomanie de leur président aussi. Qu'on laisse faire les marchés - ceux des changes aussi, que nenni !

Quand, à Davos, au Forum de l'économie mondiale, au début de l'année, le chef de l'Etat avait relancé l'idée - tout en renonçant à l'allusion à Bretton Woods -, la communauté «globale» des affaires l'avait écouté avec respect mais n'en pensait pas moins. De quoi ce chef d'Etat d'un Etat qui n'avait plus de monnaie propre voulait-il se mêler ? De ces quolibets en tout genre, Nicolas Sarkozy n'en avait que faire. Il allait continuer. Derechef donc, à la fin du mois d'août, lors de la conférence des ambassadeurs, alors qu'il présentait l'agenda qu'il a l'intention de suivre pour sa présidence des G8 et G20 - la France présidera ces deux «institutions» en 2011 -, il a repris son antienne, faisant néanmoins désormais preuve d'une plus grande prudence. Il souhaite que les chefs d'Etat et de gouvernement des 20 plus grandes puissances économiques mondiales travaillent à la mise en place d'un système permettant d'«assurer une plus grande stabilité des monnaies». Cette volonté du président de la République a-t-elle des chances d'être entendue, d'aboutir à quelque chose ?

Les derniers développements de la crise montrent tout d'abord la pertinence du diagnostic «français». La crise était, au départ, immobilière. Elle est devenue, rapidement, bancaire, puis, plus généralement, financière. Elle s'est traduite par une crise économique profonde, avec une crise de la dette publique ensuite. Dès le départ, les conseillers de l'Elysée avaient anticipé qu'elle finirait, tôt ou tard, par affecter les monnaies. Le marché des changes a fait preuve d'une remarquable résistance. Il a fini, on le voit depuis l'été, par craquer. La crise est devenue, aussi, une crise monétaire. Il y a encore quinze jours, face aux déclarations d'un ministre brésilien qui s'en inquiétait, DSK, le patron du FMI, généralement plus inspiré, soutenait qu'il n'y avait aucun risque de voir se déclencher une guerre des monnaies. A la veille des assemblées du FMI et de la Banque mondiale, à Washington, il était beaucoup plus inquiet - et réaliste. La guerre des monnaies est engagée. Chaque pays, chaque grande zone, cherche à utiliser sa monnaie pour défendre ses intérêts. Chacun cherche, lorsqu'il en a les moyens, à jouer une dépréciation de sa devise. La Fed annonce un assouplissement supplémentaire de sa politique monétaire - de quoi affaiblir le dollar. La Chine maintient son arrimage au dollar - à une monnaie destinée à s'affaiblir, pour affaiblir sa propre monnaie. Le Japon procède à des interventions massives - exceptionnelles - pour stopper la hausse du yen. C'est, sur le front des monnaies aussi, l'anarchie généralisée, l'introduction, dans l'économie mondiale, d'un nouveau champ d'incertitudes.

Dans ce contexte, le discours de Nicolas Sarkozy a plus de chances d'être écouté. Il n'est pas certain, pour autant, qu'il soit entendu. Les grandes puissances seront sans doute sensibles à l'idée de rechercher une plus grande stabilité des changes. La manière d'y parvenir risque de provoquer d'insolubles débats. On ressortira sans doute, côté français, l'idée de créer des grandes zones cibles avec des mécanismes d'intervention en cas de dérapages. On évoquera aussi, certainement, un système monétaire mondial multipolaire - passant peut-être par la création d'une nouvelle monnaie de réserve. Compte tenu de leurs intérêts à court terme et du climat politique qui règne, à Washington comme à Pékin, on imagine mal que les Etats-Unis et la Chine acceptent, ensemble, une telle démarche. Une chose pourrait pourtant les faire évoluer : c'est une brutale aggravation de la crise. La tempête monétaire qui s'annonce pourrait y contribuer ! Changes : rien ne change. Cette fois-ci, la devise n'est plus aussi

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