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Les multinationales interrogées sur leur empreinte forestière

Mardi 02 Mar 2010 à 09:33


On connaissait l’empreinte écologique, déclinée en empreinte carbone… Il va désormais falloir aussi se préoccuper de son empreinte forestière, soit son impact sur la déforestation. « Chaque jour, les consommateurs « mangent » de la forêt au travers de la côte de bœuf et du bacon qu’ils mangent ou des produits de beauté qu’ils utilisent, mais ils ne le savent pas », affirme Andrew Mitchell, le président du comité de pilotage du « Forest footprint disclosure project »*, en préambule du premier rapport recensant les pratiques d’approvisionnement des entreprises pour leurs produits à risques issus de la forêt. Car ils sont nombreux : le soja, l’huile de palme, le bois de construction, les produits issus de l’élevage et les agro-carburants ont une empreinte forestière considérable. Or, ils sont largement utilisés par les multinationales de tous secteurs ; alimentaire, habillement, soins mais aussi automobile.

Des informations encore peu disponibles

Pour savoir quel est, d’une part le degré de conscience des multinationales par rapport à ces enjeux et, d’autre part les actions menées en faveur d’un approvisionnement plus responsable et d’une meilleure traçabilité, le « Forest footprint disclosure », a envoyé un questionnaire détaillé à 217 entreprises du « Fortune 500 » parmi les plus exposés aux risques d’approvisionnements forestiers. A l’arrivée, les résultats sont maigres ; seules 35 multinationales ont répondu - parmi lesquelles British Airways, BMW, l’Oréal, Adidas, Nike, Unilever ou Kingfisher - et 25 ont clairement refusé de divulguer les informations (voir encadré). Mais pour la directrice de FFD, Tracey Campbell, cette première année est « prometteuse » car beaucoup d’entreprises ont affirmé leur souhait d’y participer l’an prochain. Pour cette première édition en effet, plusieurs entreprises se sont trouvées démunies et ont confié n’avoir jamais pensé à rechercher ces informations avant que la FFD en fasse la demande.

Même si de grandes avancées ont été faites notamment en 2009, les meilleurs élèves ont encore de grands efforts à faire. Dans le secteur de la distribution alimentaire par exemple, les deux répondants -Sainsbury et Carrefour- ont montré une « grande compréhension des risques stratégiques à la fois sur leur réputation et sur la sécurité d’approvisionnement ». Mais s’ils ont de forts engagements pour leurs propres produits, leur influence sur les mesures d’approvisionnement des autres marques reste faible…. Quant au secteur « soins corporels/ménagers et habillement » qui a obtenu le taux de réponses le plus important (9), si « beaucoup de ces compagnies ont mis en place des mesures pour lutter contre le changement climatique ; elles ne font pas souvent le lien avec la déforestation », note le rapport.

 

« Nous comprenons tout à fait que le fait de créer une chaîne d’approvisionnement durable, robuste et avec une traçabilité totale est un véritable défi pour les entreprises. Mais celles qui ont accepté de divulguer leurs données sur le sujet montrent qu’elles anticipent les risques d’approvisionnement sur le long terme et qu’elles gèrent intelligemment les enjeux du changement climatique », explique Tracey Campbell. En revanche, le greenwashing n’est jamais très loin… « Ce qui est révélateur, c’est que certaines entreprises qui communiquent sur leur engagement environnemental n’ont pas voulu nous dévoiler leur impact sur la forêt », dénonce-t-elle.

Des risques sérieux pour les entreprises irresponsables

Pour convaincre les entreprises de prendre la chose au sérieux, la FFD, en appelle aussi aux consommateurs et aux investisseurs, qui ont d’ailleurs commencé, soit à se détourner de certaines marques qu’elles ne jugent pas assez responsables, soit au contraire à soutenir celles qui ont des démarches pro-actives. Les entreprises qui ont répondu  affirment par exemple qu’un approvisionnement responsable leur donne un avantage compétitif notamment dans les contrats publics, qui retiennent ces critères. A contrario si, pour le moment, ne pas avoir une politique d’approvisionnement responsable et être dénoncé comme tel n’a encore que peu d’incidence sur le cours des actions des entreprises en question, «cela peut avoir des dommages à long terme », préviennent les auteurs du rapport.

Par ailleurs, certains investisseurs prennent en compte les rapports critiques ou les dénonciations publiques, et vont jusqu’à se retirer de projets. Ainsi, l’an dernier, après la publication du rapport « le massacre de l’Amazonie » de Greenpeace (voir article lié) qui mettait en évidence le lien entre entreprises (nommément mises en cause) et déforestation, la banque mondiale a annulé un prêt de 60 millions de dollars au plus grand exportateur de bœuf brésilien, Bertin SA. D’autre part, en se montrant floues ou peu exigeantes sur leur approvisionnement, les sociétés peuvent voir leur crédibilité sur d’autres sujets émoussée. « Un nombre encore restreint mais de plus en plus important de fonds de gestion d’actifs se ferment à des compagnies qui ne sont pas durables», confirme le rapport. Pour preuve de l’intérêt des investisseurs sur la question, il faut aussi rappeler que l’initiative de la FFD est soutenue par des banques, assureurs ou fonds de pension, qui représentent des fonds d’une valeur de 3,5 milliards de dollars…

*Ce programme de la fondation britannique « Global Canopy Foundation » a notamment reçu le soutien de l'Initiative financière du Pnue (Programme des Nations unies pour l'environnement), du département pour le développement international du gouvernement britannique et de l'ONG WWF Grande-Bretagne.

Béatrice Héraud

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