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Bilan carbone : Ikea oublie ses marchandises

Lundi 12 Oct 2009 à 09:57

A quelques semaines du sommet mondial de Copenhague sur le changement climatique, de nombreuses entreprises s’engagent haut et fort à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Depuis juillet, Tesco, la grande chaîne de supermarchés britanniques, accole des étiquettes carbone sur ses produits tandis que Wal-Mart, sa consœur américaine, exige de ses fournisseurs un bilan carbone.

Ce mois-ci, Ikea France y est allé de son bilan carbone. Saluons l’effort. Le bilan concerne l’ensemble des magasins français, comptabilise le poids du transport des marchandises (25%). Mieux, il inclut les déplacements des clients vers ses magasins (52% des émissions de CO2). Figurent également les émissions issues du fameux catalogue de l’entreprise, les consommations énergétiques des magasins ou encore quelques menus services. Par exemple, les repas consommés dans les magasins sont aussi inclus dans l’analyse. On applaudirait presque des deux mains.

Sauf que de l’impact de ses marchandises, point de mention. A croire que les magasins du leader français de l’ameublement sont vides, que les camions qui s’y rendent le sont aussi, comme les paniers et les coffres que l’on ouvre de retour à la maison. L’impact environnemental du cycle de vie des tables, armoires, chaises, étagères, accessoires, de leur fabrication à leur recyclage éventuel, n’entre pas en ligne de compte dans ce bilan carbone.

Pour justifier cet "oubli", le service de presse avance une raison. “Nous avons voulu considérer Ikea France comme un distributeur et mettre en avant les éléments sur lesquels nous pouvons agir, justifie Caroline Gastaud, responsable développement durable qui évoque les programmes de pistes cyclables ou les énergies renouvelables employées pour alimenter les boutiques. Nous n’avons pas la main sur les choix de matériaux, les méthodes de production. Ces décisions-là sont prises au siège d’Ikea en Suède.”

Du coup, c’est au niveau du bilan du groupe que l’on mesure l’impact des marchandises de la marque. Ces données existent. Et, sans surprise, “l’extraction et la transformation des matières premières” ainsi que les “sous-traitants” pèsent 60% de l’ensemble des émissions de CO2 du groupe. Loin de la broutille. Et on peut imaginer une proportion équivalente pour Ikea France. La branche hexagonale aurait-elle pu introduire les marchandises dans son bilan ? “En théorie, on peut toujours comptabiliser des choses et d’autres. Mais nous n’avons pas directement la composition exacte des produits, justifie Caroline Gastaud. Avant de concéder : “Évidemment en admettant qu’une vaisselle est faite en céramique ou un meuble en bois, on aurait pu faire le calcul. Mais ce n’était pas notre parti pris de départ.”

En fait, Ikea France pêche par manque de transparence. En oubliant le cœur de son activité – l’ameublement - dans son bilan carbone, elle disqualifie quelque peu sa démarche et délivre une information très partielle - et partiale - à sa clientèle, son personnel, ses fournisseurs... Ce n’est pas la seule entreprise dans ce cas. Un conseil : chaussez les bonnes lunettes avant d’attaquer la lecture d’un bilan carbone.

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