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L'industrie nucléaire française risque d'être sévèrement ébranlée

Mardi 15 Mar 2011 à 19:40

Les fleurons français de l'industrie nucléaire Areva et EDF dégringolaient en Bourse mardi pour le deuxième jour de suite, l'accident nucléaire au Japon risquant de retarder, voire de faire avorter, de nombreux projets en Inde, aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni.

Le titre Areva a dévissé de 8,56% mardi à la Bourse de Paris, après avoir déjà décroché de 9,61% lundi, tandis qu'EDF a perdu 1,38% après une chute de 5,28% la veille.

Areva réalise 7% de son chiffre d'affaires au Japon, où il vend notamment du combustible nucléaire Mox (mélange d'uranium et de plutonium) utilisé dans la centrale de Fukushima.

Mais la catastrophe nucléaire dans cette centrale risque d'avoir des impacts bien au-delà de l'archipel nippon.

"Les événements de Fukushima remettent en cause les perspectives du nucléaire civil", estime Louis Boujard, analyste chez Aurel. "Une redistribution sévère des règles du jeu est à prévoir", prévient-il.

Jusqu'au week-end dernier, l'avenir de l'industrie nucléaire semblait radieux. La flambée des prix du pétrole et la question du réchauffement climatique ouvraient de nombreux marchés à l'atome civil.

Areva négociait la vente de réacteurs nucléaires en Chine (où deux EPR sont déjà en construction), en Inde ou en Afrique du sud. EDF avait de son côté des projets de construction au Royaume-Uni, en Italie et aux Etats-Unis.

Aujourd'hui, tous ces projets sont potentiellement menacés. "Areva a récemment prévu de remporter 4 à 6 nouveaux contrats pour son réacteur EPR avant la fin 2012, mais cela risque maintenant d'être annulé ou reporté", estiment ainsi les analystes de la Société Générale.

Areva devait notamment signer dans les prochains mois l'accord définitif pour la vente de deux EPR en Inde. Mais les associations environnementales s'inquiètent de ce projet situé à Jaïtapur, dans l'Etat du Maharashtra, sur une zone sismique. Et le patron du groupe indien NPCIL Shreyans Kumar Jain, qui a commandé les EPR, a déclaré à l'agence Bloomberg que l'accident au Japon pourrait être un "gros frein" au programme nucléaire indien.

Au Royaume-Uni, les projets d'EDF de construire 4 réacteurs EPR pourraient là aussi être "remis en cause", selon John Honoré de la Société Générale.

La catastrophe nucléaire au Japon devrait en effet provoquer une "augmentation des contraintes de sécurité" ainsi qu'"une opposition plus forte de la population" au nucléaire au Royaume-Uni, prévoit Louis Boujard.

Quant aux Etats-Unis, où EDF veut construire un EPR à Calvert Cliffs dans le Maryland (est), "l'arrêt du développement du nucléaire pourrait être de longue durée", prévoit M. Boujard.

Enfin en Allemagne, la chancelière Angela Merkel a annoncé un moratoire de trois mois sur l'allongement de la durée de vie des réacteurs. Une décision qui priverait, si elle perdure, Areva et ses concurrents d'un énorme marché de maintenance des centrales.

"Le rôle de l'OPTION nucléaire pourrait ne pas être aussi important que nous ne le prédisions", a estimé mardi le directeur général l'Agence internationale de l'énergie, Nobuo Tanaka.

"Construire ou étendre des centrales nucléaires pourrait entraîner plus de coûts et plus de temps", a-t-il jugé.

Cependant, "le pire n'est pas toujours le plus probable", remarque Ari Agopyan, analyste au CM-CIC Securities, qui doute que l'ensemble des projets de réacteurs soient abandonnés.

Les pays émergents ne peuvent en effet se passer de l'énergie nucléaire pour satisfaire leurs forts besoins énergétiques, affirment les analystes.

La Chine, qui construit la moitié des nouveaux réacteurs dans le monde, n'a ainsi par remis en cause son ambitieux programme nucléaire tandis que la Pologne a assuré qu'elle poursuivrait le sien.

Il paraît en outre "totalement exclu de considérer un scénario ou les États abandonnent tout simplement la ressource nucléaire", selon M. Agopyan, qui juge que le démantèlement des centrales et leur remplacement "coûterait trop cher et n?aurait pas de sens économique".

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