Les Etats-Unis ont accusé en 2011 un déficit commercial record avec la Chine, qui a représenté plus de la moitié du trou dans leurs échanges, et ce malgré l'appréciation de la monnaie chinoise.
Le déficit annuel global (biens et services compris) du pays a atteint son niveau le plus élevé depuis 2008 : 558,0 milliards de dollars. Celui avec la Chine (dans les biens uniquement) a grimpé à 295,5 milliards, battant largement le record établi en 2010.
Le déséquilibre dans les échanges entre la première et la deuxième économie mondiale reste toujours aussi criant. Les Etats-Unis ont importé 3,8 fois plus de biens depuis la Chine qu'ils n'en ont exporté vers ce pays.
"Comme nous sommes en année électorale, cela va probablement causer des froncements de sourcils, sinon de la colère", a commenté l'économiste Joel Naroff.
L'Alliance pour l'industrie manufacturière américaine (AAM), un lobby de Washington qui regroupe patronat et syndicats, a vivement critiqué la classe politique.
"Le déficit commercial avec la Chine montre le peu d'autorité dont font preuve le Congrès et le président sur les questions économiques internationales", écrit-elle dans un communiqué, estimant que "les électeurs sont convaincus dans leur immense majorité que les pratiques commerciales de la Chine sont une menace pour la sécurité économique de la nation".
L'irrésistible ascension du "made in China" est un débat récurrent aux Etats-Unis. Il devrait de nouveau faire les gros titres avec la visite à Washington du successeur annoncé au poste de président chinois, Xi Jinping, à partir de mercredi.
Les économistes ne voient pas de solution au problème à court terme. Ils parient plutôt sur son aggravation, comme Alistair Bentley, de la banque TD. Selon lui, "comme l'élan de l'économie américaine continue de défier le ralentissement de la croissance mondiale en 2012, le déficit commercial continuera de se creuser".
La réponse du président Barack Obama a été de promouvoir la "relocalisation". Dans son discours sur l'état de l'Union en janvier, il a proposé la suppression des avantages fiscaux qui incitent aux entreprises de délocaliser leur production à l'étranger et la création d'un crédit d'impôt pour celles qui rapatrient leur production.
Des parlementaires militent pour des sanctions contre Pékin au motif que sa monnaie est sous-évaluée. Mais ils ne sont pas en majorité suffisante, et le gouvernement s'oppose à cette idée.
Le yuan s'est apprécié de 7,1% en termes nominaux face au dollar depuis la décision de la Chine en juin 2010 de laisser le taux de change de sa monnaie flotter plus librement. D'après le Fonds monétaire international, l'appréciation en termes réels vis-à -vis des principaux partenaires commerciaux a été de 6% en 2011.
Cette appréciation censée rendre les produits chinois plus chers aux Etats-Unis, et donc limiter la croissance des exportations chinoises, n'a produit que des effets minimes.
Washington, qui souhaiterait que le mouvement s'accélère, a du mal à se faire entendre.
"Les négociations comprennent inévitablement des compromis et si les Etats-Unis devaient obtenir des concessions de la Chine sur la valeur du renminbi [le nom officiel du yuan], alors ils devraient certainement offrir autre chose en retour", souligne le Center for Economic and Policy Research.