Au quatrième et dernier jour du conflit dans l'aérien qui continuait de perturber le trafic, grévistes et gouvernement campaient jeudi sur leurs positions, à la veille du réunion au ministère des Transports qui ne devrait pas donner lieu à de réelle discussions.
Les pilotes, en pointe dans ce conflit avec 60% d'entre eux en grève chez Air France (30% selon la compagnie), ont réaffirmé jeudi leur détermination contre une proposition de loi encadrant davantage le droit de grève dans l'aérien. Leur demande principale: le retrait de l'obligation d'un préavis individuel de 48 heures.
"Demain s'il n'y a pas d'ouverture et que les portes restent fermées comme elles le sont depuis le début, très clairement il y aura un autre mouvement", prévient Yves Deshayes, président du SNPL national (syndicat de pilotes majoritaire).
"Hors de question" que le gouvernement "bouge" sur ce texte, martelait mercredi le ministre du Transports Thierry Mariani.
Le rendez-vous de vendredi devrait être très bref et ne pas donner lieu à des négociations, un point-presse étant prévu une heure après le début de la réunion.
Le SNPL, les syndicats Unac, SNPNC et Unsa d'hôtesses, ainsi que les fédérations FO, CFDT, Unsa et CGT de l'aérien ont appelé les personnels des compagnies et de leurs prestataires (agents en escale, avitailleurs, bagagistes, etc.) à se mobiliser. Un préavis avait été déposé en décembre, du 4 au 9 février, contre une proposition de loi du député UMP Eric Diard.
Le mouvement a entraîné des centaines d'annulations de vols.
En plus de centaines d'annulations préventives, une vingtaine de vols Air France l'ont été "à chaud" (selon la terminologie de la compagnie, c'est-à -dire à la dernière minute) jeudi à Roissy où l'ambiance était toujours calme, a constaté une journaliste de l'AFP.
Dix-huit vols Air France étaient affichés annulés sur les écrans de plusieurs terminaux, essentiellement des vols court et moyen courriers, et deux vols long courriers.
A Toulouse-Blagnac, 32 vols sur 140 sont annulés sur la journée, d'après la direction de l'aéroport, où il n'y a pas de cohue, les voyageurs semblant soit avoir annulé leurs déplacements, soit pris leurs dispositions pour emprunter d'autres modes de transport. A Lille-Lesquin on comptait quatre annulations, une à l'aéroport de Strasbourg-Entzheim.
Jeudi, Air France prévoit d'assurer 65% de son programme long courrier et 75% de ses vols court et moyen courriers. La veille, la compagnie dit avoir réalisé 71% des vols long courrier et 77% des vols court et moyen courrier.
La situation est restée fluide dans les aéroports grâce à une information en amont, associée à des facilités pour décaler son billet.
Les syndicats ont fait valoir que cette absence de pagaille et de "trouble à l'ordre public" était la preuve de l'inutilité de la loi.
Le texte de loi, déjà adopté à l'Assemblée fin janvier, impose notamment aux grévistes, sous peine de sanction, de se déclarer individuellement 48 heures à l'avance, et les compagnies devront communiquer des prévisions de trafic 24 heures en amont.
L'objectif est d'instaurer, comme à la SNCF et à la RATP, un service optimisé en fonction des moyens humains disponibles.
Pour les syndicats, ce texte, qui sera examiné le 15 février au Sénat avant de revenir devant les députés, vise "à limiter le droit de grève" dans un secteur privé et sans monopole.
Cette grève, qui coûte de 8 à 10 millions d'euros par jour à la compagnie selon la direction, intervient alors que le groupe Air France-KLM connaît de sérieuses difficultés financières. Vendredi se tient un comité central d'entreprise censé lancer un vaste chantier de renégociation de l'ensemble des accords d'entreprise.