Le géant russe Gazprom a réduit ses livraisons de gaz à l'Union européenne en raison de besoins accrus en Russie à cause du froid, mais les pays de l'UE doivent être en mesure de tenir un mois sur leurs capacités, a annoncé vendredi la Commission européenne.
Neuf pays européens sont touchés : Allemagne, Pologne, Slovaquie, Autriche, Hongrie, Bulgarie, Roumanie, Grèce et Italie, a précisé la porte-parole de la Commission en charge de l'Energie Marlene Holzner.
"Mais tous ces pays ont précisé ne pas être en situation d'urgence", a-t-elle indiqué.
La baisse des livraisons est toutefois conséquente en Autriche, avec une baisse de 30%, selon la Commission européenne. Et selon l'opérateur italien Snam Rete Gas, les livraisons de gaz russe à l'Italie ont baissé vendredi de 28,9%.
La Russie a expliqué qu'elle avait "besoin de davantage de gaz à cause de la vague de froid" et "le contrat entre Gazprom et les compagnies européennes prévoit une certaine flexibilité" pour de telles situations, a indiqué Marlene Holzner.
La Commission n'a pas établi de lien entre cette baisse des approvisionnements destinés à l'UE et le contentieux entre Gazprom et l'Ukraine sur le prix du gaz. Mais "la Russie n'a pas fourni toutes les informations", a reconnu la porte-parole.
La Commission européenne a mis en alerte le groupe de coordination pour le gaz, qui réunit les représentants des Etats, des compagnies, des opérateurs de gazoducs, a-t-elle ajouté.
La vague de froid qui frappe l'Union européenne va au moins durer plusieurs jours avec des températures extrêmement basses, selon les services météorologiques.
La Belgique, qui se chauffe majoritairement au gaz, a dépassé tous les records de consommation dans la nuit de jeudi à vendredi, a ainsi annoncé la compagnie de distribution.
Les contacts avec la Russie sont pour l'instant limités à l'ambassadeur de Russie auprès de l'UE à Bruxelles, selon Mme Holzner.
Le géant russe, partenaire incontournable de l'UE pour ses approvisionnements, a assuré vendredi respecter toutes ses obligations en matière de livraisons de gaz en Europe.
"Gazprom est obligé de livrer le volume de gaz prévu dans les accords. Ces obligations sont actuellement respectées", a déclaré Sergueï Komlev, chargé des contrats et prix chez Gazprom Export, cité par l'agence de presse Itar-Tass.
"Mais les consommateurs (en Europe, ndlr) demandent des volumes plus grands par rapport à ceux que nous sommes obligés de leur livrer", a-t-il ajouté.
L'Ukraine, par laquelle la quasi-totalité du gaz russe destiné à l'UE est acheminée, a de son côté fait état d'une baisse de livraisons russes, tout en assurant remplir toutes ses obligations en matière de transit.
La société énergétique d'Etat Naftogaz a indiqué "exécuter la totalité des demandes de Gazprom concernant le transit du gaz via l'Ukraine vers l'Europe", dans un communiqué publié vendredi soir.
L'Ukraine, qui a demandé à Gazprom de livrer jeudi quelques 150 millions de m3 de gaz pour sa consommation intérieure, n'en a reçu que 25 millions de m3 et a dû puiser dans ses réserves souterraines pour compenser le manque, a déclaré à l'AFP une source ukrainienne proche du dossier énergétique.
"Hier, Gazprom nous a livré 410 millions de m3 de gaz, dont 385 millions étaient destinés à l'UE et y ont été acheminés", a précisé cette source.
L'Union européenne s'est progressivement armée après avoir enduré plusieurs années de suite les conséquences des décisions de Gazprom. Tous les Etats ont ainsi l'obligation d'avoir des réserves de gaz "leur permettant de survivre pendant 30 jours".
Les fonds européens ont également co-financé l'installation de systèmes permettant aux gazoducs en Europe de renverser les flux de l'Ouest vers l'Est.