La low-cost Norwegian a relancé mercredi son offensive contre les compagnies traditionnelles en annonçant "la plus grosse commande de l'histoire de l'aviation européenne" avec l'achat de 222 Boeing et Airbus pour un prix-catalogue de 16,6 milliards d'euros.
Dans le détail, Norwegian a passé commande de 22 Boeing 737-800, 100 Boeing 737 MAX8, future version remotorisée du petit porteur vedette du constructeur américain, et 100 Airbus A320 Neo, une première pour l'avionneur européen qui n'avait jusqu'alors jamais été retenu par la compagnie norvégienne.
Le contrat est assorti d'options sur 150 avions supplémentaires, à savoir 100 MAX8 et 50 A320 Neo.
Ces monocouloirs serviront essentiellement à rajeunir la flotte de Norwegian avec des appareils plus économes en carburant plutôt qu'à étoffer son offre, a indiqué le directeur général de la compagnie, Bjoern Kjos.
"Ce qui est important pour nous est de disposer des meilleurs avions possibles avec les coûts d'exploitation les plus bas possibles", a-t-il dit lors d'une présentation.
Censés faire leur arrivée sur le marché en 2015 et 2017 respectivement, l'A320 Neo et le 737 MAX -dont Norwegian sera la compagnie de lancement en Europe- sont moins gourmands d'environ 30% en carburant que l'actuel Boeing 737-300, un atout pour les transporteurs confrontés au coût élevé du kérosène.
Au total, le prix-catalogue des 222 nouveaux avions s'élève à 127 milliards de couronnes (16,6 milliards d'euros) mais ce montant n'a qu'une valeur indicative, les clients bénéficiant généralement de gros rabais sur de telles méga-commandes, surtout dans le cas de modèles qui n'ont pas encore vu le jour.
En plaçant ses A320 Neo, Airbus séduit un nouveau client qui se fournissait jusqu'à présent exclusivement chez son rival américain.
Norwegian a atteint une taille suffisante pour faire jouer la concurrence entre les deux constructeurs, ce qui lui permet d'espérer des ristournes plus importantes que les économies retirées de l'exploitation d'avions d'une seule et même famille, a expliqué M. Kjos.
Avec ses nouveaux monocouloirs, Norwegian va pouvoir continuer à tailler des croupières à sa grande rivale, la compagnie semi-publique scandinave SAS, toujours en grandes difficultés financières.
"C'est clair qu'en diminuant leurs coûts d'exploitation, ils vont pouvoir défier les autres acteurs du secteur, en premier lieu les compagnies traditionnelles comme SAS et, dans une moindre mesure, les autres low-costs", a déclaré à l'AFP Hans Erik Jacobsen, analyste chez Swedbank First Securities.
"Le transport aérien s'achemine vers une consolidation et Norwegian veut clairement se placer parmi les compagnies dominantes", a-t-il dit.
Norwegian, qui avait pris son envol avec quatre Boeing il y a 10 ans, s'est progressivement hissé au troisième rang des compagnies à bas coûts européennes derrière Ryanair et EasyJet.
Avec une flotte de 62 avions, le groupe représente aujourd'hui 2% de la capacité commerciale aérienne en Europe et l'objectif est de porter cette part à 6% en 2022 avec 241 appareils, a affirmé M. Kjos.
Cette expansion se fait surtout au détriment de SAS: l'an dernier, Norwegian a transporté près de 16 millions de passagers, soit 3 millions de plus que l'année précédente, contre 23 millions pour sa concurrente.
"Je pense que SAS telle que nous la connaissons aujourd'hui ne sera plus là dans quelques années", a dit à l'AFP Kenneth Sivertsen, analyste d'Arctic Securities.
Le sentiment des investisseurs est en tout cas très clair: à la Bourse d'Oslo, l'action Norwegian s'adjugeait 8,33% en début de matinée quand celle de SAS reculait de 2,15%.