Une baisse de la demande pétrolière en Europe, empêtrée dans les déboires de la zone euro alors que la production de brut en Libye va s'accroître, peut contribuer à tirer les prix du baril vers le bas en 2012, ont estimé mardi les experts du cabinet d'études londonien CGES.
"Le scénario le plus susceptible de plomber les prix du pétrole cette année serait une escalade de la crise des dettes souveraines dans la zone euro", ont indiqué dans une note les experts du Centre d'études sur l'énergie (CGES), fondé par l'ancien ministre saoudien cheikh Zaki Yamani.
Un défaut de paiement de la Grèce, actuellement en négociations avec ses créanciers privés, ou une crise de liquidité majeure "précipiteraient l'ensemble des pays européens dans la récession", un scénario qui entamerait la consommation mondiale de pétrole de 400.000 barils par jour, ont-ils estimé.
Une dépréciation accrue de l'euro face au dollar renforcerait encore cette tendance, rendant plus onéreux pour les Européens d'acheter du brut libellé dans la monnaie américaine.
Par ailleurs, un atterrissage brutal de l'économie en Chine (deuxième pays consommateur de brut) "ne peut pas être écarté", ont ajouté les analystes, pointant du doigt "l'endettement du secteur bancaire et la bulle immobilière" comme autant de risques latents pour la demande énergétique du géant asiatique.
Or, dans le même temps, l'offre mondiale d'or noir devrait être revigorée par un accroissement sensible de la production chez deux exportateurs-clefs.
Ainsi, la Libye, dont la production s'était interrompue entre avril et août 2011 en raison de la guerre civile, pompe désormais 800.000 barils/jour, selon l'Agence internationale de l'Energie (AIE) - une offre quasiment doublée en l'espace de trois mois.
Et le pays pourrait retrouver d'ici fin 2012 sa capacité d'avant-guerre, à 1,8 million de barils/jour, a estimé le CGES.
Par ailleurs, alors que l'Union européenne (UE) a décidé lundi de mettre en place un embargo graduel sur le pétrole iranien, l'Arabie saoudite (premier pays exportateur mondial) s'est engagée à compenser tout manque de brut sur le marché et "à maintenir les prix du baril autour de 100 dollars".
Le baril de brent s'échangeait mardi à Londres autour de 110 dollars.
Malgré ces perspectives d'un renforcement de l'offre, la chance de voir le cours moyen du baril reculer en 2012 est infime, ont tempéré les analystes du CGES, qui prévoient tout de même que "les prix devraient connaître une forte volatilité cette année".
Selon le CGES, malgré une demande mondiale très ralentie, les tensions sur l'offre pétrolière restent vives, une situation exacerbée par "la forte chute" des stocks pétroliers dans le monde l'an dernier.
Début 2012, ces stocks ne représentaient plus que 63 jours de la consommation mondiale, contre 73 jours en avril 2009.