L'agence de notation financière Fitch a révisé lundi la perspective de la note de la Russie, s'inquiétant de la montée de l'incertitude politique, alors que le pouvoir est confronté à une vague de contestation sans précédent à l'approche de l'élection présidentielle de mars.
Fitch a confirmé la note souveraine de la Russie à BBB mais abaissé sa perspective à "stable", contre "positive" auparavant.
"L'incertitude politique a augmenté et les perspectives économiques mondiales se sont assombries depuis que Fitch a confirmé en septembre 2011 la note" de la Russie, a expliqué Charles Seville, directeur à Fitch, cité dans un communiqué.
"Même si Fitch pense que l'actuel Premier ministre, Vladimir Poutine, est toujours ultra-favori pour gagner l'élection présidentielle du 4 mars, il reste des incertitudes sur la façon dont le pouvoir va répondre à la vague inattendue de protestation provoquée par les élections à la Douma (chambre basse du Parlement russe, ndlr), et de façon plus générale, sur le paysage politique", précise l'agence.
Les élections législatives du 4 décembre ont été remportées par le parti de M. Poutine, Russie unie, avec près de 50% des suffrages, mais selon des observateurs et l'opposition, le scrutin a été marqué par d'importantes fraudes.
Depuis, des milliers de Russes sont descendus dans la rue pour protester, faisant de ce mouvement de contestation le plus important depuis l'arrivée de M. Poutine au pouvoir il y a 12 ans. Une nouvelle manifestation est prévue pour le 4 février.
Dans ce contexte, Fitch craint que le gouvernement russe, "sous pression", soit réticent à mettre en oeuvre des mesures impopulaires et à engager des mesures d'économies, pourtant nécessaires selon l'agence.
Le pays, dont l'économie repose en grande partie sur les ventes d'hydrocarbures, jouit pour l'heure des prix du pétrole élevés. Il dispose de réserves importantes, qui lui ont permis d'enregistrer une croissance de 4,2% en 2011.
Mais la Russie reste toujours vulnérable à une brusque chute des cours des matières premières. Et les promesses des autorités de diversifier l'économie russe pour éviter une récession à l'image de 2009, quand l'économie s'était contractée de près de 8%, n'ont pas eu jusqu'ici les résultats escomptés.
"En cas de nouvelle récession de l'économie mondiale, la Russie aurait moins de marge de manoeuvre pour mettre en oeuvre un paquet fiscal comme en 2008", avertit Fitch.
L'agence financière observe par ailleurs que "l'incertitude politique accroît les risques de fuite des capitaux du pays". Sur l'ensemble de 2011, la sortie nette de capitaux privés de Russie s'est déjà établie à 84,2 milliards de dollars, soit plus du double de ce qui avait été enregistré en 2010.
Le phénomène, révélateur du mauvais climat d'investissement dans le pays, s'est particulièrement accéléré vers la fin de l'année, les investisseurs se montrant inquiets face à la contestation, mais aussi face aux craintes des répercussions sur la Russie d'une éventuelle nouvelle crise économique mondiale.
La décision de Fitch, qui sonne comme un avertissement pour M. Poutine, intervient le jour où ce dernier a exposé ses orientations sur son site Putin2012.ru.
Dans un long article publié, "la Russie se concentre sur les défis auquel nous devons faire face", le favori à la présidentielle se pose en garant de la stabilité.
"Un problème se répète constamment dans l'histoire de la Russie: une partie de l'élite aspire à une rupture, à une révolution, au lieu d'une évolution", dit-il, ajoutant que l'expérience a montré toutefois le "caractère néfaste des ruptures dans l'histoire".