Le président de la Banque nationale suisse (BNS), Philipp Hildebrand, est au coeur d'une tempête politico-médiatique en raison de transactions sur devises effectuées par son épouse et dénoncées au gouvernement de la Confédération par un leader de la droite populiste.
Mardi, le journal suisse Le Temps a révélé que ces transactions ont été dévoilées au gouvernement suisse le 15 décembre dernier par Christoph Blocher, l'homme fort du parti UDC (droite populiste), au cours d'une entrevue avec la présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey.
Le journal précise que l'homme politique a remis à Mme Calmy-Rey des extraits de compte émanant de la banque privée suisse Sarasin, et portant sur les transactions sur devises importantes effectuées par Mme Kashya Hildebrand, une Américaine d'origine pakistanaise, dirigeant une galerie d'art à Zürich.
Le gouvernement a confirmé avoir été prévenu par un tiers, mais sans en dévoiler le nom.
L'affaire a été rendue publique le 23 décembre dernier par un communiqué de la BNS, indiquant que son président faisait l'objet de "rumeurs infondées".
Selon ces "rumeurs", la femme de M. Hildebrand avait acheté 500.000 USD le 15 août, à un moment où le franc suisse était au plus haut par rapport à l'euro et au dollar.
Trois semaines plus tard, la BNS a fixé un taux plancher du franc suisse à 1,20 CHF pour un euro, ce qui correspond à une petite dévaluation du franc suisse. Pour ceux qui ont acheté des devises juste avant la décision de la BNS, le bénéfice est de 10%.
Des vérifications ont été engagées par le cabinet PricewaterhouseCoopers et le Contrôle fédéral des finances, et selon la BNS, celles-ci "ont confirmé quâaucune transaction illicite nâavait été opérée, ni quâaucune exploitation impropre dâinformations privilégiées nâavait été constatée".
"Toutes les transactions ont été examinées en détail", notamment cette opération d'achat de dollars, ainsi qu'un virement en dollars sur le compte de la fille du couple Hildebrand, ajoute la BNS.
Les instances de contrôle de la BNS ont estimé que ces opérations étaient "absolument conformes aux exigences réglementaires", a précisé la banque centrale.
L'affaire, que l'on croyait réglée en décembre après le communiqué de la BNS, a pris une nouvelle tournure ce week-end avec des informations parues dans la presse suisse-alémanique selon lesquelles l'informateur qui a révélé ces transactions serait l'homme politique suisse Christoph Blocher, virulent critique de M. Hildebrand.
Toujours selon la presse, M. Blocher aurait été averti de ces opérations sur de devises par ses bons contacts dans les milieux bancaires, notamment à la Banque Sarasin, de Bâle, qui aurait effectué les transactions et où l'on se refuse à tout commentaire.
Interrogé lundi sur ces informations, M. Blocher a refusé de répondre et indiqué que l'heure était "au silence" pour l'instant, ce qui a encore plus alimenté les spéculations.
"Il y a un temps pour la parole, et un temps pour le silence" a-t-il déclaré à la presse.
La loi suisse permet au président de la Banque nationale suisse de gérer librement ses avoirs, contrairement à ce qui est prévu pour la Reserve fédérale américaine ou la Banque centrale européenne.
Dans ces deux derniers cas, les présidents de ces institutions sont obligés de placer leurs avoirs dans un fonds administré par un tiers.