Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a plaidé mardi à Bruxelles en faveur de la nomination de son compatriote Jörg Asmussen au poste convoité de chef économiste de la Banque centrale européenne, qui intéresse également Paris.
M. Asmussen "est le meilleur pour la fonction", a affirmé aux journalistes M. Schäuble à son arrivée à une réunion des ministres des Finances de la zone euro.
M. Asmussen, actuellement secrétaire d'Etat aux Finances et personnage clé du gouvernement allemand dans la lutte contre la crise, est "un économiste formidable avec une grande expérience internationale", a souligné M. Schäuble.
Le précédent chef économiste de la BCE, l'Allemand Jürgen Stark, avait annoncé sa démission en septembre en raison de divergences avec la ligne suivie par l'institution, pas assez orthodoxe à ses yeux. Berlin avait immédiatement avancé la candidature de M. Asmussen, qui était jusqu'ici sans rival.
Mais la France voudrait voir confier ce poste à l'un des siens, Benoît Coeuré, actuel numéro deux du Trésor français, a indiqué à l'AFP une source proche du dossier, confirmant des informations du quotidien économique allemand Handelsblatt.
"Benoît Coeuré a clairement les compétences et le profil pour le poste de chef économiste. Il faudrait échanger les portefeuilles avec Asmussen qui pourrait par exemple prendre l'international, mais c'est au board (directoire) de la BCE de décider", a souligné cette source.
M. Coeuré doit être nommé officiellement mardi soir au cours d'une réunion des ministres des Finances de la zone euro au sein du directoire de la BCE en remplacement de l'Italien Lorenzo Bini Smaghi.
Ce dernier a été contraint de démissionner dans le cadre d'un arrangement franco-italien destiné à garantir que la France ait un représentant au sein de l'instance exécutive permanente de l'institut monétaire de Francfort.
Ensuite, c'est aux six membres du directoire, dont le président de l'institution Mario Draghi, qu'il reviendra entre eux de décider de la répartition des champs de compétences entre les deux nouveaux venus dans cette instance. Jörg Asmussen avait été désigné le 4 octobre pour entrer au sein du directoire en remplacement de Jürgen Stark.
D'ordinaire ce type de décision est prise par consensus. Mais, selon un diplomate européen, il s'agira cette fois d'un sujet "délicat" à régler en interne par Mario Draghi.
Le poste de chef économiste de la BCE est d'autant plus stratégique que la France et l'Allemagne s'affrontent sur le rôle que doit jouer l'institut monétaire dans la crise de la dette, la France militant pour une intervention massive tandis que l'Allemagne estime que la BCE doit rester un rempart contre l'inflation.
"La logique voudrait qu'il pousse en faveur d'Asmussen pour le poste de chef économiste afin d'apaiser les Allemands" qui voient déjà d'un mauvais oeil les interventions de la BCE sur les marchés pour aider les pays en difficulté de la zone euro, souligne le diplomate interrogé.
Le chef économiste n'a en théorie pas davantage de pouvoirs que les autres membres du directoire mais il soumet chaque mois au conseil des gouverneurs une proposition sur l'évolution des taux directeurs (la décision est au final collégiale), ce qui lui donne un rôle important. C'est également lui qui valide les prévisions économiques très suivies de la BCE ainsi que les rapports de convergence. Tout ceci fait de son poste un position influente et très en vue.