L'Inde a approuvé jeudi en conseil des ministres l'ouverture de son marché de la grande distribution aux investissements étrangers, une avancée attendue depuis des années par les multinationales qui pourrait révolutionner le mode de consommation du pays.
L'accord concerne une proposition permettant aux géants mondiaux du secteur de prendre une participation de 51% dans le commerce de détail multimarques, a indiqué à l'AFP un responsable au sein du gouvernement sous couvert d'anonymat.
Concernant les magasins à marque unique, comme Nokia ou Reebok, le conseil des ministres a autorisé 100% d'investissements directs étrangers (IDE), contre les 51% en vigueur depuis 2006.
Les chaînes de grande distribution, à l'image du français Carrefour et de l'américain Wal-Mart, sont déjà présentes en Inde, comme grossistes, mais elles ne peuvent vendre directement aux consommateurs du deuxième pays le plus peuplé de la planète, avec 1,2 milliard d'habitants.
Selon le cabinet de consultants indien Technopak, le juteux marché du commerce de détail pèse 470 milliards de dollars, dont seuls 26 milliards proviennent des quelques chaînes locales de grande distribution.
Carrefour a salué la décision prise jeudi, estimant que "cette évolution réglementaire doit permettre aux acteurs concernés de contribuer à moderniser la chaîne d'approvisionnement alimentaire de l'Inde et de lutter davantage contre l'inflation, au profit des consommateurs".
Le français "suivra avec attention la finalisation des clauses pratiques de cette nouvelle réglementation", a ajouté le groupe dans une déclaration à l'AFP.
Après des années d'immobilisme, le feu vert du conseil des ministres fait suite à celui d'un comité gouvernemental en juillet et à l'approbation du ministère des Finances ce mois-ci.
Reste pour le gouvernement à affronter les partis d'opposition au parlement.
Le ministre du Commerce, Anand Sharma, a précisé à l'AFP que la décision sera présentée en détail vendredi au parlement. "Je ne peux pas en dire plus car le parlement est en train de siéger", a-t-il indiqué.
L'opposition est farouchement hostile à l'arrivée des multinationales dans le commerce de détail au nom de la protection des petits commerçants.
Des voix dissonnantes se sont aussi élevées au sein de la coalition gouvernementale dirigée par le parti du Congrès (centre-gauche).
Ce projet est "un outil pour tuer l'industrie (indienne) du commerce", a commenté Murli Manohar Joshi, un chef de file du principal parti d'opposition, le parti conservateur hindou BJP.
"Si les investissements directs étrangers sont autorisés dans le commerce de détail, les petits commerçants vont perdre leur travail car leurs produits ne pourront pas rivaliser avec ceux des commerçants étrangers", a-t-il poursuivi.
On compte en Inde 12 millions de "kiranas", ces petites échoppes traditionnelles où s'empilent du sol au plafond boîtes de conserves en tous genres, qui font vivre quelque 25 millions de commerçants.
Les partisans de cette ouverture évoquent, eux, la perspective d'une amélioration de la chaîne d'approvisionnement, d'une réduction des prix alimentaires et d'une baisse de l'inflation, qui flirte avec les 10%.
L'entrée de plein pied des grands groupes étrangers dans le secteur pourrait en outre, argumentent-ils, moderniser les techniques de stockage et les méthodes de transport, réduire le problème chronique du gâchis alimentaire et garantir une meilleure chaîne du froid.
Le président de la Confédération indienne de l'industrie, B. Muthuraman, a estimé que l'introduction des IDE dans le secteur de la grande distribution allait "bénéficier aux consommateurs, aux producteurs, aux petites et moyennes entreprises et allait générer un emploi significatif".