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La Chine au secours de l'Europe, un projet qui interroge et inquiète

Jeudi 27 Oct 2011 à 14:37

La décision de la zone euro de faire appel à des pays émergents comme la Chine pour l'aider à résoudre la crise de la dette suscite des critiques en Europe, où des responsables politiques s'interrogent sur les contrepartie à attendre de la part de Pékin.

Le président français Nicolas Sarkozy devait évoquer jeudi ce projet aux contours encore flous au cours d'une discussion téléphonique avec son homologue chinois Hu Jintao.

Pékin n'a jusqu'à présent pas confirmé être prêt, aux côtés d'autres pays émergents, à abonder le fonds de secours européen pour les pays en difficulté (FESF) que les dirigeants européens ont décidé de porter à 1.000 milliards d'euros lors de leur sommet s'étant achevé tôt jeudi matin. Mais des signaux ont été lancés.

En saluant les résultats de la réunion de Bruxelles, la Chine a déclaré "soutenir les mesures actives de l'Europe pour répondre à la crise financière". "Nous devrions explorer les moyens de renforcer la coopération bilatérale sur la base d'un bénéfice réciproque", a précisé un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

La Chine, deuxième économie mondiale, ne cache pas son intérêt à la stabilité et à la prospérité de l'UE, "première économie mondiale" selon ce porte-parole. Le groupe des 27 pays européens représente son premier partenaire commercial ainsi que le premier débouché pour ses exportations.

De plus, Pékin chercherait à diversifier ses énormes réserves de change, évaluées à 3.200 milliards de dollars, jusqu'à présent essentiellement libellées en dollars.

Le directeur du FESF, Klaus Regling, est attendu à Pékin vendredi avant de se rendre au Japon, un autre candidat potentiel pour venir en aide à l'Europe.

Le dispositif prévu doit encore être finalisé d'ici fin novembre mais on en connaît les grandes lignes. L'idée serait une structure spéciale adossée au Fonds monétaire international "pour rassurer les pays émergents et autres investisseurs, décrypte une source proche du dossier".

Dans le détail, un "véhicule" financier lié à une fondation ou compte administratif auprès du FMI, pour bénéficier des compétences et de la gouvernance de l'institution de Washington. Le FMI est prêt à apporter son soutien de cette manière, mais ne mettra pas d'argent.

Les premières critiques, venues essentiellement de la gauche française, se sont focalisées sur les risques, financiers mais aussi symboliques, de cette main tendue à des pays non-européens. Il y a encore quelque mois, les offres de Pékin pour aider la Grèce ou le Portugal avaient en effet provoqué des froncements de sourcils.

"Peut-on imaginer que si la Chine, par ce biais, venait au secours de la zone euro, elle le ferait sans aucune contrepartie?", a interrogé le candidat socialiste à la présidentielle François Hollande.

"C'est se mettre en situation de faiblesse par rapport à un pays vis-à-vis duquel il aurait fallu être en situation de force. Cet aspect-là de l'accord n'est pas sans conséquence pour l'avenir", a averti l'un de ses proches, le député Michel Sapin.

Pour le député écologiste européen Daniel Cohn-Bendit, il s'agit d'une "aberration chinoise" pour qui "on a choisi de se livrer pieds et poings liés aux pays émergents".

"Vous ne pouvez pas débattre d'une protection contre la mondialisation sociale et environnementale et demander à ceux avec qui vous allez négocier cette protection de payer votre crise financière", a-t-il jugé.

L'apport de Pékin ne serait pas sans précédent puisque les Chinois détiennent déjà plus de 500 milliards de dollars de dette souveraine européenne, selon des experts français et allemands.

L'aide de la Chine et les autres pays du groupe des Brics (Brésil, Russie, Inde et Afrique du Sud) pourrait être discutée au sommet du G20, qui se tiendra la semaine prochaine à Cannes (France).

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