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Jeudi noir sur les marchés, inquiets pour les Etats-Unis et la zone euro

Jeudi 22 Sep 2011 à 23:30

Les inquiétudes au sujet de l'économie américaine ont fait plonger les marchés jeudi, sur fond de cacophonie des dirigeants de la planète sur les priorités à suivre, entre soutien à la croissance et réduction de la dette pour endiguer la crise en zone euro.

A New York, le Dow Jones a fini sur une dégringolade de 3,51%, flirtant avec les -5% en fin de séance. Le Nasdaq a chuté de 3,25%. Sur le reste du continent américain, Sao Paulo a plongé de 4,83%, Buenos Aires 5,89%, Mexico 4,82% et Santiago de 5,47%.

Les investisseurs ont paniqué face au pessimisme affiché mercredi par la banque centrale des Etats-Unis, qui a souligné les "risques importants" qui menacent une reprise "lente".

"Il y a un mot qu'on n'avait plus entendu depuis un petit bout de temps aux Etats-Unis: la capitulation. C'est ce moment où les marchés essaient de trouver des informations, des raisons pour rebondir, et puis au bout d'un moment, ils lâchent la rampe", a constaté Evariste Lefeuvre, chef économiste chez Natixis.

La déroute des places financières européennes a été encore plus forte. Paris a clôturé en chute de 5,25%, Francfort de 4,96%, Londres de 4,67%, Milan de 4,52% et Madrid de 4,62%.

"Les principaux thèmes dominant les marchés aujourd'hui sont la faiblesse de l'économie américaine et la menace sur le secteur bancaire mondial" notamment français, italien et américain, a estimé Kathleen Brooks, analyste du site Forex.com.

Toujours en première ligne, les valeurs bancaires ont chuté fortement, l'hypothèse d'une recapitalisation de certaines banques européennes gagnant du terrain au lendemain de l'appel du Fonds monétaire international (FMI) à utiliser dans cette optique le Fonds européen de stabilité financière.

Société Générale et Crédit Agricole ont clôturé en baisse de près de 10%, tandis que BNP Paribas abandonnait 5,70%.

L'euro est brièvement tombé sous la barre des 1,34 dollar, son plus bas niveau depuis huit mois face au billet vert, et depuis dix ans face au yen.

Les matières premières ont suivi le mouvement: le baril de pétrole a perdu environ cinq dollars à Londres comme à New York. Les prix des métaux industriels ont été particulièrement touchés: étain, nickel et cuivre ont affiché des pertes entre 7% et 10%.

Même l'or, dans lequel se réfugient habituellement les investisseurs, a vu sa valeur diminuer.

Les déclarations contradictoires des dirigeants de la planète, à quelques heures d'une réunion très attendue du G20, le groupe des pays riches et émergents, à Washington, n'ont rien arrangé.

Six pays membres du G20 (l'Australie, le Canada, la Corée du Sud, l'Indonésie, le Mexique et le Royaume-Uni) ont appelé la zone euro à agir "rapidement" contre la dette, dans une lettre commune de leurs dirigeants rendue publique par le gouvernement britannique.

"Les gouvernements et les institutions de la zone euro doivent agir rapidement pour résoudre la crise de l'euro et toutes les économies européennes doivent affronter le problème de la dette pour empêcher une contagion à l'économie mondiale", mettent-ils en garde.

Mais pour le secrétaire au Trésor américain Timothy Geithner, la lenteur de la croissance économique est un défi "plus grand" que celui de la dette. Il a exprimé sa crainte que les Etats européens sacrifient la croissance au rééquilibrage de leurs comptes publics.

Le ralentissement de l'économie "n'est pas une excuse pour cesser de mettre de l'ordre dans nos finances publiques", a répliqué le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, prenant le contre-pied de M. Geithner.

La directrice générale du FMI Christine Lagarde a tenté d'aplanir ces divergences à l'occasion de l'ouverture des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale. La Française a donné raison aux uns et aux autres, soutenant le plan du président américain Barack Obama pour l'emploi (chiffré à 447 milliards de dollars), tout en saluant l'effort des pays engagés dans la baisse de leur déficit budgétaire.

"L'épicentre de la crise est aujourd'hui l'Union européenne", a souligné de son côté le ministre brésilien des Finances Guido Mantega.

"Les pays européens doivent être rapides, et doivent être coopératifs entre eux. C'est ce que nous recommandons", a-t-il martelé à l'issue d'une réunion des grandes puissances émergentes du groupe des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).

Sur le front des mauvaises nouvelles en zone euro, l'activité du secteur privé s'y est contractée en septembre pour la première fois depuis plus de deux ans, faisant peser une menace de stagflation sur l'Allemagne et la France.

L'Italie de son côté a révisé en forte baisse ses prévisions de croissance, tout en assurant qu'elle parviendrait à l'équilibre budgétaire dès 2013.

Sur le marché obligataire, les titres italiens affichaient un écart de taux record face aux titres allemands, valeurs refuges sur lesquels les investisseurs se sont rués. Le rendement du Bund allemand à 10 ans est ainsi tombé à un plus bas jamais observé de 1,665%.

Aux Etats-Unis, le taux du bon du Trésor à 10 ans a aussi atteint un record de faiblesse, à 1,699%, tandis que le taux à 30 ans est passé sous 3% pour la première fois depuis janvier 2009.

En Grèce, les rues de la capitale ont été paralysées par une grève des transports, en prélude à un mois d'octobre social chaud, après les nouvelles mesures d'austérité décidées par le gouvernement grec qui tente d'éviter une faillite du pays "à l'Argentine".

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