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Le faux scandale d'espionnage chez Renault provoque la chute du numéro deux

Mardi 12 Avr 2011 à 13:00

Renault espère tirer un trait sur le faux scandale d'espionnage qui l'ébranle depuis janvier avec la démission lundi de son numéro deux Patrick Pélata, le débarquement de six autres responsables et l'indemnisation des trois cadres licenciés à tort dans ce fiasco.

Bras droit du PDG Carlos Ghosn, M. Pélata "a demandé à être relevé de ses fonctions" de directeur général délégué, a annoncé le constructeur automobile après un conseil d'administration extraordinaire.

M. Pélata ne quittera toutefois pas le groupe: il continuera à "gérer les affaires courantes" en attendant un successeur et se verra ensuite proposer "d'autres fonctions" au sein de l'alliance Renault-Nissan.

Le service de sécurité du constructeur, à l'origine de l'enquête ayant abouti au licenciement des trois cadres, a été décapité, avec les départs de son directeur Rémi Pagnie, de Dominique Gevrey et Marc Tixador. M. Gevrey, un ancien militaire, a été mis en examen pour escroquerie et écroué le 13 mars.

M. Ghosn a chargé le criminologue Alain Bauer et un ancien haut responsable du contre-espionnage français, Alain Juillet, d'une mission visant à une "refonte" de l'ensemble du service, jugée "prioritaire" par l'audit aux conclusions accablantes remis lundi aux administrateurs.

Trois cadres dirigeants de Renault sont par ailleurs relevés de leur fonction, là aussi dans le cadre d'une refonte du management: le directeur des cadres dirigeants, Jean-Yves Coudriou, le directeur juridique, Christian Husson, et la secrétaire générale, Laurence Dors.

L'action Renault reculait nettement mardi en début de séance à la Bourse de Paris au lendemain de cette annonce, le titre perdant 1,92% à 38,23 euros à 09H21.

Le constructeur est également parvenu à un accord pour indemniser les trois cadres licenciés à tort, Michel Balthazard, Matthieu Tenenbaum et Bertrand Rochette, ainsi que Philippe Clogenson, licencié en 2009 dans des circonstances similaires et qui va réintégrer Renault.

M. Tenenbaum devrait lui aussi reprendre sa carrière au sein du groupe, a indiqué une source proche du dossier à l'AFP.

Le montant total des indemnisations se monte entre 5 et 10 millions d'euros, selon cette source. Cette somme devrait être couverte grâce aux bonus et stock options auxquels les dirigeants impliqués dans le fiasco ont renoncé.

"Nous finalisons l'accord, nous espérons signer cette semaine", a déclaré l'un des avocats de M. Balthazard, Me Pierre-Olivier Sur, évoquant une indemnité "importante sans pour autant atteindre le niveau qui filtrait dans la presse du week-end".

L'hebdomadaire Marianne avait évoqué des sommes allant de 2,4 à 3,5 millions d'euros pour chacun des trois cadres

"Ce conseil d'administration extraordinaire tourne une page douloureuse de l'histoire de Renault", dont "tous les salariés du groupe ont souffert", a déclaré M. Ghosn, cité dans le communiqué.

Le PDG de Renault avait reconnu le 14 mars que le groupe avait accusé à tort le trio Balthazard-Rochette-Tenenbaum d'avoir monnayé des informations sur le programme phare des véhicules électriques.

L'Etat, actionnaire principal de Renault avec 15% et qui avait réclamé des têtes, a pris "acte des décisions du conseil d'administration".

Les ministres de l'Economie, Christine Lagarde, et de l'Industrie, Eric Besson, "ont prévu de faire avec Carlos Ghosn dans les prochains mois le point sur la stratégie industrielle de nature à renforcer l'alliance Renault Nissan", ont-ils fait savoir dans un communiqué.

La présidente du Medef, Laurence Parisot, estime quant à elle mardi que les décisions prises par la direction de Renault "ne suffisent pas" pour clarifier "ce qui s'est passé".

"Il y des moments où nous sommes de nombreux chefs d'entreprise - le Medef rassemble 800.000 chefs d'entreprise - à ne pas nous reconnaître dans le comportement de certains d'entre eux", a-t-elle lancé sans citer le patron de Renault Carlos Ghosn.

Parmi les syndicats, la CFE-CGC se félicite de son côté que "toutes les conséquences des erreurs commises" aient été tirées et que les cadres aient été indemnisés et que deux d'entre eux souhaitent réintégrer l'entreprise.

Quant à la CGT, elle estime que "rien n'est encore réglé sur le fond" et elle s'étonne que M. Ghosn soit "écarté de toute responsabilité".

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