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Pas de risque de maladie hollandaise sur les pays exportateurs (Amundi)

Mardi 15 Mar 2011 à 16:26

(AOF / Funds) - "La hausse du prix des matières premières (fer, charbon, pétrole, or) n'a pas pour seul effet l'accélération de l'inflation ; elle affecte aussi directement le cours des devises des pays qui en exportent. En effet, pour eux, les recettes d'exportation augmentent mécaniquement et la hausse de la demande de devises induit une appréciation", note Amundi.

"Par ailleurs, d'un point de vue théorique, si la hausse des prix des matières premières est structurelle, elle s'accompagne d'une hausse durable des termes de l'échange (définis comme le ratio du prix des exportations d'un pays et de celui de ces importations) qui justifie une hausse de la valeur d'équilibre de la devise. C'est ce qui s'est produit lors des années 2000 avec une forte augmentation de la demande de matières premières."

"Par exemple, les importations de minerais de fer et de charbon par la Chine pour sa production d'acier ont considérablement accéléré. Ainsi, le lien entre prix des matières premières et le taux de change des pays qui en sont exportateurs s'est très fortement renforcé ces dix dernières années. La chute des marchés fin 2008 avait induit une baisse simultanée du prix du pétrole, du prix des métaux et des devises dites matières premières (dollars australien, néo-zélandais et canadien, real brésilien)."

"Depuis lors, les prix des matières premières ont fortement rebondi sous l'effet d'une demande de plus en plus forte en provenance des pays asiatiques et, plus récemment, ils ont été dopés par les excès de liquidité mondiale. Le prix de certains métaux (étain, cuivre) a même déjà largement dépassé les niveaux records de 2008. Ainsi, des tensions ont affecté les devises des pays qui en sont exportateurs, ce qui justifie leur très forte appréciation (hausse d'environ 55% des dollars australien et néo-zélandais contre le dollar américain depuis mars 2009)."

"Il est alors légitime de se demander si les pays exportateurs de matières premières (Australie, Brésil, Nouvelle-Zélande) ne sont pas menacés par la maladie hollandaise. Celle-ci désigne les effets négatifs que fait peser sur le secteur manufacturier l'appréciation de la devise liée au boom des matières premières. Celle-ci nuit en effet sévèrement à la compétitivité-prix des industries traditionnelles : les résidents locaux peuvent importer des biens manufacturiers moins chers à l'étranger mais ne parviennent plus à en exporter. Pour ces secteurs, les pertes en emploi peuvent être plus ou moins fortes."

"Or, il est désormais clair que la maladie hollandaise (appelée ainsi car le premier pays victime de ce mal et à faire l'objet d'études approfondies fut les Pays-Bas dans les années 60) touche d'ores et déjà certains pays. En Australie et au Brésil, les exportations de produits manufacturiers restent inférieures d'environ 20% en volume à leur niveau pré-crise alors qu'en revanche, celles liées aux matières premières, peu touchées par la crise, continuent de grimper. Cependant, la réaction des autorités est très différente en Australie et au Brésil, et pour cause : les produits manufacturés représentent la grande majorité des exportations brésiliennes (plus de 70% en valeur jusqu'en 2007) alors qu'ils n'ont jamais compté pour plus de 30% des exportations en Australie ces vingt dernières années."

"La très forte appréciation du real à partir de 2007 a porté un coup très sévère au secteur manufacturier qui ne représente qu'à peine plus de 50% des exportations brésiliennes en valeur début 2011. Le niveau d'emploi dans ce secteur n'a même pas retrouvé ses niveaux d'avant la crise, contrairement au secteur minier. Dès lors, on comprend que les autorités brésiliennes cherchent à limiter l'appréciation de leur devise, notamment par le biais de taxes sur les investissements en titres provenant de l'étranger. A contrario, l'Australie ne semble pas se soucier de la hausse de sa monnaie : la banque centrale la voit même comme un moyen efficace de lutter contre l'inflation."

"La hausse récente du prix du pétrole interpelle naturellement sur l'évolution à attendre sur les matières premières. Au passage, il convient de noter qu'elle ne s'est pas accompagnée d'une hausse du prix des métaux. Le renchérissement actuel du prix du pétrole n'est pas causé par un raffermissement de la demande mais par la crainte d'une rupture d'approvisionnement suite à la crise en Lybie et au Moyen-Orient."

"Or, la poursuite de ce mouvement risquerait de peser sur la croissance des pays émergents qui, en retour, pourraient conduire à un fléchissement de la demande des autres matières premières. En définitive, il ne faut donc pas tabler sur une appréciation supplémentaire de ces devises. Nos modèles de valorisation tendent à indiquer qu'au niveau actuel du prix des matières premières, elles sont légèrement surévaluées."

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