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Irak: les banques privées veulent sortir l'économie de sa léthargie

Lundi 23 Aoû 2010 à 07:31

Les banques privées irakiennes estiment que l'unique moyen de sortir le pays de sa léthargie économique passe par la privatisation des établissements bancaires publics, qui détiennent 85% des liquidités.

En effet, si les capitaux étrangers ont fait mouvement vers l'Irak depuis l'invasion conduite par les Etats-Unis en 2003, les ministères préfèrent s'adresser aux banques publiques, ce qui ne favorise pas la croissance.

Par ailleurs, l'absence de gouvernement et la sécurité encore chancelante n'encouragent pas les banques étrangères à s'implanter solidement en Irak même si le pays jouit d'une faible inflation et d'une monnaie stable.

"Sans privatisation, le gouvernement continuera à s'appuyer sur ses propres banques et cela ne cadre pas avec une politique d'une économie de marché", affirme Fouad al-Hassani, président de la Ligue des banques privées irakiennes.

"Nous attendons la formation du nouveau gouvernement pour rediscuter de cette question. La Constitution est très claire sur ce qui doit être fait", dit-il.

L'article 25 de la Constitution stipule que l'Etat doit encourager et développer le secteur privé.

Il y a actuellement 36 banques privées en Irak, avec un capital variant entre 50 et 150 millions de dollars, soit plus du double qu'à l'époque de Saddam Hussein, où il n'y en avait que 17.

Six de ces banques ont des actionnaires étrangers, ce qui était interdit avant l'invasion de 2003, et deux d'entre elles sont même détenues majoritairement par des investisseurs étrangers, mais le secteur reste totalement dominé par les sept banques publiques, comme à l'époque du parti Baas.

"Actuellement, nos établissements détiennent 15% du total des liquidités du pays, contre seulement 5% avant 2003, mais nous voulons arriver à 25%", assure M. Hassani.

"Mais comme le gouvernement possède virtuellement tout, 95% des affaires sont réalisées par le gouvernement, qu'il s'agisse de la défense, de la santé, de l'industrie ou autres", ajoute M. Hassani, 72 ans, directeur général de la Credit Bank of Iraq.

"S'il va dans le sens que nous souhaitons, le gouvernement en tirera des bénéfices", assure-t-il.

L'absence de sécurité -juillet a été le mois le plus meurtrier depuis mai 2008- et l'incapacité de former un nouveau gouvernement depuis les élections du 7 mars, dissuadent aussi l'investissement.

"C'est difficile pour un étranger de venir en Irak dans une telle situation. Pourquoi devrait-il se faire tuer pour 5% de profit", souligne M. Hassani.

Le gouverneur de la banque centrale, Sinan Al-Shibibi, reconnaît aussi que la violence dissuade les banques étrangères d'établir des succursales à Bagdad et ailleurs.

"Les perspectives sont bonnes, à l'exception de la sécurité. Nous appelons les banques étrangères à nous aider à développer le système financier. C'est l'objectif. Je préfèrerais qu'elles établissent leurs propres succursales mais c'est bien aussi si elles nouent un partenariat avec les banques irakiennes", dit-il.

La banque britannique HSBC et la National Bank of Koweit sont majoritaires dans deux établissements privés irakiens et des banques turque, bahreïnie iranienne et libanaise ont ouvert des succursales à Bagdad et à Erbil (Kurdistan).

Indrajit Roy Choudhury, un expert indien qui travaille pour la banque publique Trade Bank of Iraq, estime que s'il est vrai que le gouvernement est réticent à utiliser les banques privées, la situation évolue cependant.

"Lentement, cela change. Maintenant, les ministères sous-traitent (auprès de compagnies privées) et utilisent les lettres de crédit, ce qui favorise l'activité des banques privées. Avant, toutes les affaires se faisaient uniquement au sein du secteur public", explique-t-il.

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