Le moral des ménages français a continué en juin sa baisse entamée au début de l'année, signe annonciateur d'une consommation en berne dans les mois qui viennent, selon plusieurs économistes.
L'indicateur qui mesure le moral des ménages a encore perdu un point par rapport au mois de mai pour atteindre -39, a annoncé l'Insee mardi.
L'indicateur qui résume l'opinion des ménages sur la situation économique baisse ainsi pour le cinquième mois consécutif et a chuté de 9 points depuis janvier, a précisé l'Institut national de la statistique.
"C'est un signal d'alerte supplémentaire pour l'économie française", résume l'économiste Alexander Law, pour qui "la consommation française est en très grand danger".
"Pour 2010, il faudra donc faire une croix sur une contribution digne de ce nom de la consommation à la croissance. C'est pour le moins dommage puisque cette composante a assuré à elle seule entre 50% et 100% de l'expansion économique de la France depuis près d'une décennie", estime-t-il.
En juin, l?opinion des ménages sur leur situation financière personnelle passée et future est stable, de même que leur opinion sur l?opportunité de faire des achats importants.
En revanche, les perspectives d?évolution du niveau de vie en France continuent la baisse entamée en janvier depuis le début de l?année (-19 points depuis janvier). Les ménages pensent en outre à nouveau que le niveau de vie passé en France a reculé (-3 points par rapport à mai, après quatre mois de stabilité).
Les craintes des Français sur le chômage persistent en juin: ils sont plus nombreux qu?en mai à anticiper une augmentation du chômage (+5 points), l'indicateur qui mesure ces craintes restant largement au-dessus de sa moyenne de long terme, relève l'Insee.
L?opinion des ménages sur leur situation financière actuelle baisse légèrement en juin (-1 point) mais reste supérieure à sa moyenne de long terme. Les ménages jugent également que leur capacité à épargner dans les mois à venir se dégrade un peu. Parallèlement, ils pensent que le moment est moins opportun pour épargner qu?en mai (-2 points).
"Le maintien de l'inflation à un niveau bien plus élevé que l'an dernier, l'extinction des mesures de soutien au pouvoir d'achat, qui a très légèrement reculé au 1er trimestre 2010, et plus généralement la perspective d'un resserrement de la politique budgétaire devraient continuer de peser à l'avenir sur le moral des ménages", prévoit Frédérique Cerisier, économiste chez BNP Paribas.
La baisse continue du moral des Français "confirme que le débat a été globalement mal posé", pour l'économiste Nicolas Bouzou (Asterès), estimant que "l'idée selon laquelle il faut choisir entre croissance et rigueur est anxiogène pour les ménages, et qui plus est fausse dans une large mesure".
"Il aurait mieux valu présenter la rigueur comme une occasion d'assainir les comptes publics pour se donner davantage de perspectives à moyen terme. Une occasion complètement loupée", juge-t-il.