Les crédits au secteur privé dans la zone euro sont restés faibles en février, illustrant la réserve persistante des entreprises à investir alors que la reprise reste fragile, selon des chiffres provisoires annoncés jeudi par la BCE.
L'octroi de prêt au secteur privé a reculé de 0,4%, après avoir déjà affiché un net repli de 0,6% le mois précédent. Ces taux négatifs entretiennent depuis des mois les inquiétudes concernant une pénurie du crédit dans les seize pays de la zone euro.
Le résultat de février masque toutefois une évolution diamétralement opposée, entre des crédits aux entreprises qui ont baissé de 2,5% tandis que ceux octroyés aux particuliers ont augmenté de 1,8%.
Ces tendances divergentes "sont conformes aux modèles historiques, qui veulent que les crédits aux ménages reprennent plus tôt dans un cycle de relance" économique, souligne Michael Schubert de la Commerzbank.
Même si la zone euro est sortie de la récession, les entreprises continuent de panser leur plaies et les grands projets d'investissement restent gelés pour la plupart. Et les banques restent prudentes dans leur octroi de prêts.
"La reprise économique est en cours, mais cela ne veut pas dire que la crise est terminée", a ainsi souligné le président de la BCE Jean-Claude Trichet lors d'une intervention jeudi devant le Parlement européen.
"Nous savons que le rythme de la reprise sera inégal et nous ne pouvons pas exclure des revers", a-t-il également redit, une incertitude concernant l'avenir peu propice à un rebond des investissements.
La masse monétaire M3, indicateur avancé d'inflation, a de son côté également reculé de 0,4% en février sur un an, soit plus que prévu par les économistes, après avoir légèrement progressé en janvier de 0,1%, a aussi indiqué la BCE.
Cet agrégat, qui rassemble l'argent disponible rapidement pour l'achat de biens, est l'un des indicateurs suivis de près par la BCE pour évaluer les risques inflationnistes à moyen terme.
Le résultat de février confirme l'absence de risque inflationniste à moyen terme en zone euro, souligne Thilo Heidrich, économiste à la Postbank.
"La BCE ne sera donc pas obligée de resserrer la vis sur les taux d'intérêt", et peut se permettre de conserver son principal taux à son niveau historiquement bas de 1% jusqu'au début 2011, juge l'expert.