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Quand la science ambitionne de corriger le climat

Mardi 16 Fév 2010 à 10:11


La géo-ingénierie est née dans le contexte particulier de la Guerre Froide, quand la course à l’armement battait son plein. A cette époque, il était donc question de créer des bombes climatiques (pluies diluviennes sur commande, déclenchement de sécheresses,…). Certains chercheurs russes ou américains pensaient pouvoir élaborer des armes encore plus destructrices que la bombe atomique. Jusqu’à ce que l’ONU interdise en 1976 « les techniques de modification environnementale à caractère hostile », et que les relations Est-Ouest se normalisent. La géo-ingénierie fut alors envisagée comme moyens de lutte contre le réchauffement climatique : refroidir la planète, la protéger du soleil, réduire la teneur en CO2 dans l’atmosphère,… voici quelques exemples de projets souvent controversés dans la communauté scientifique.

Refroidir la Terre avec du soufre

Un Prix Nobel de chimie, Paul Crutzen, a proposé il y a près de 20 ans une solution plutôt originale pour régler le problème du réchauffement planétaire (elle a ensuite été reprise de nombreuses fois) : envoyer chaque année dans l’atmosphère des millions de tonnes de soufre grâce à des ballons. Cet élément chimique, au contact de l’oxygène, produirait alors du dioxyde de soufre, puis des aérosols sulfatés par réaction avec l’eau. Résultat : une partie de l’énergie solaire parvenant jusque sur Terre serait absorbée ou réfléchie et les températures chuteraient (on observe le même phénomène lors des irruptions volcaniques). L’opération semble pourtant hasardeuse (elle pourrait détruire l’ozone), difficilement réalisable au regard des moyens techniques actuels… et bien trop couteuse : quelque 25 milliards de dollars !

 

Mettre la planète à l’ombre

Voici un projet examiné par la NASA un peu fou, tant sur le plan technologique que financier : mettre en orbite autour du globe quelque 1 600 milliards d’écrans capables de dévier les rayons du soleil. Une sorte de bouclier gigantesque qui diminuerait les températures. Selon les estimations, il serait possible de réduire la quantité d’énergie solaire provenant sur Terre de 1,8 %, ce qui suffirait à compenser l’effet de serre. Problème : projeter dans l’espace une telle quantité de matériel reste pour l’instant hors de notre portée. Sans parler du coût de l’opération : des milliers de milliards de dollars !

« Passer de la crème solaire » sur la Terre

Notre planète dispose d’une arme pour se protéger du rayonnement solaire : l’albédo. Il s’agit du pouvoir réfléchissant de la Terre, de sa capacité à renvoyer l’énergie solaire vers l’espace. Un phénomène qui permet de réguler l’effet de serre. Les surfaces enneigées, par exemple, assurent ce rôle. Ainsi que les nuages. Pourquoi ne pas alors les doper afin de refroidir le climat ? Le procédé envisagé depuis les années 1990 consisterait à vaporiser de fines gouttelettes d’eau salée à 20 m au-dessus de la surface des océans pour favoriser l’évaporation. Le volume des stratocumulus augmenterait alors, tout comme l’albédo. Selon les scientifiques à l’origine de cette idée, aucune pollution ne sera émise et les terres ne seront pas obscurcies. Ils revendiquent aussi un projet financièrement réalisable.

Plus insolite : multiplier les surfaces blanches sur la planète. Certains proposent en effet par exemple de blanchir les bâtiments et les routes avec du dioxyde de titane (minéral présent dans la peinture blanche ou la crème solaire) ou du ciment blanc, ou de couvrir d’immenses étendues désertiques avec du film réfléchissant. D’autres pensent qu’il faudrait rendre les terres cultivées plus réfléchissante avec des plantes au feuillage clair, comme les phalangères ou les laîches. Au Pérou, des scientifiques envisagent même sérieusement de peindre en blanc (avec un produit écologique à base de chaux) les parties brunes où les glaciers andins ont disparu afin d’en limiter la fonte !

Regeler l’Arctique avec des canons à neige

Ce projet est ambitieux : il s’agirait de réactiver la circulation océanique qui assure à l’Europe un climat tempéré. Le Gulf Stream, courant chaud qui voyage des Antilles vers la mer de Norvège, montre en effet déjà des signes de faiblesse en raison de la fonte de la banquise. Le réchauffement climatique entraîne donc sur notre continent… une baisse des températures ! Alors comment relancer un tel mécanisme pour que le climat européen ne ressemble pas à celui du Canada ? Deux scientifiques (canadiens, d’ailleurs) pensent avoir trouvé la solution : augmenter artificiellement l’épaisseur de la banquise. Pour cela, il faudrait acheminer en Arctique des milliers de barges équipées d’un système de pompage qui seraient capables de fabriquer de la glace et de la pulvériser avec des canons à neige (moteurs à énergie éolienne). Selon les prévisions, une couche de 7 m pourrait être créée. Mais il faudra casser la tirelire : le coût de l’opération est estimé à 50 milliards de dollars.

Capturer le CO2 avec des arbres artificiels

La concentration de CO2 dans l’atmosphère est passée de 280 ppm (partie par million) au 19ème siècle à près de 400 aujourd’hui. Si la cause de ce phénomène fait encore débat (certains irréductibles doutent que l’homme en soit à l’origine), une chose est sûre : la végétation, qui se charge de recycler l’air que nous respirons, n’arrive plus à suivre. Pourquoi ne pas alors fabriquer des arbres pour lui donner un coup de main ? Des arbres artificiels qui seraient capables, selon des scientifiques britanniques, d’absorber bien plus de carbone que les arbres végétaux. 100 000 d’entre eux suffiraient en effet à capter la plupart des émissions de la Grande-Bretagne. Le système est simple : ces machines captureraient le dioxyde de carbone au travers de filtres et le stockeraient au fond des océans, où il serait piégé grâce à son importante densité. Reste maintenant à financer ce projet. Selon les estimations, chaque arbre coûterait 12 000 livres (13 600 euros).

Piéger le CO2 dans les roches

La végétation ne suffit plus à absorber le CO2 présent dans l’atmosphère. Des chercheurs se tournent donc vers la solution géologique : certaines roches ont en effet la particularité de piéger le gaz carbonique. C’est par exemple le cas des ophiolites d’Oman (Moyen Orient) : grâce aux péridotites qui les composent, elles capturent le gaz à effet de serre pour former des roches carbonatées. Le sol persique regorge décidemment donc de trésors… qui ne sont pas forcément polluants ! Autre découverte : le MIL-101. Grâce à ses pores, ce matériau mis au point par plusieurs laboratoires associés au CNRS serait deux fois plus absorbants que la poudre d’olivine ou le silicate de magnésium.

Fertiliser les océans

C’est un fait peu connu : les algues et le phytoplancton absorbent annuellement environ 70 milliards de tonnes de CO2 par photosynthèse, soit davantage que la végétation terrestre, qui en piège 60 milliards. Alors pourquoi ne pas fertiliser la mer pour lutter contre le réchauffement climatique ? C’est une idée pour laquelle des tests ont déjà été réalisés : des tonnes de sulfate de fer sont déversées dans la mer, ce qui a la propriété de faire rapidement croître la population de plancton. La solution fonctionne donc, mais beaucoup pointent aussi du doigt le risque écologique (les écosystèmes pourraient être perturbés) et doutent de la réelle efficacité de la manœuvre. Sans compter son coût jugé trop élevé.

Yann Cohignac

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Réactions à cet Article :

Mizou100 - Mardi 16 Février 2010 à 11:12

quand la science...: utilisation du CO2 trappe

Si 100000 "arbres artificiels" suffiraient à trapper le CO2 de toute l'Angleterrre ( ou bien les autres moyens comme les roches du Golfe Persique) : ne pourrait-on pas envisager d'utiliser ce CO2 (au lieu de le stocker) pour faire pousser des micro-algues fournissant du bio-diesel ou bio-ethanol?

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