La masse monétaire M3 en zone euro s'est contractée de 0,2% sur un an au moins de novembre, une première depuis l'introduction de l'euro, tandis que les crédits au secteur privé ont encore reculé, a annoncé mercredi la Banque centrale européenne (BCE).
L'agrégat M3, qui désigne l'argent facilement disponible pour consommer en zone euro et sert à la BCE pour ses prévisions d'inflation, avait déjà vu ses taux de croissance ralentir très fortement ces derniers mois.
En octobre, il affichait toutefois encore une petite hausse de 0,3% sur un an.
Ce passage dans le rouge confirme que la zone euro n'est nullement menacée par une envolée des prix.
"Aucun risque d'inflation ne se dessine en ce qui concerne la masse monétaire. La BCE devrait donc laisser son taux directeur au niveau historiquement bas" de 1%, juge Fabienne Riefer, économiste de la Postbank, qui ne table pas sur un relèvement avant le quatrième trimestre 2010.
Loredana Federico, d'Unicredit, pense elle que le statu quo monétaire va se prolonger tout au long de 2010.
L'une des grandes préoccupations des gardiens de l'euro devrait plutôt rester dans les prochains mois l'approvisionnement en crédit.
En novembre, l'octroi de crédits au secteur privé dans les seize pays de la monnaie unique a reculé de 0,7% sur un an, après déjà -0,8% en octobre, à cause surtout d'un recul continu des prêts aux entreprises. Il s'agit de la troisième baisse consécutive.
"Cela s'explique aussi par la demande faible de crédit de la part des entreprises, mais n'en nourrit pas moins les inquiétudes sur un possible blocage de la reprise pendant plusieurs mois", note Howard Archer, économiste de IHS Global Insight.
La BCE fait désormais face à un arbitrage difficile: d'un côté, elle doit éviter le gonflement d'une bulle spéculative alimentée par les liquidités bon marché dont elle inonde les banques depuis le début de la crise.
De l'autre, elle doit continuer à soutenir les instituts de crédit sous peine d'étrangler l'économie.
Fabienne Riefer, de la Postbank, fait toutefois valoir que si les crédits au secteur privé ont baissé par rapport à novembre 2008, ils ont en revanche un peu augmenté par rapport à octobre.
Martin van Vliet, d'ING, note lui que les crédits aux ménages restent en secteur positif, ce qu'il juge plutôt encourageant.
L'économiste estime que la BCE va continuer pendant les six mois à venir à "lentement défaire" ses mesures exceptionnelles de soutien aux banques.
La banque centrale a d'ores et déjà mis fin à l'une de ces mesures, qui permettait aux banques de se refinancer auprès d'elle pour une période exceptionnellement longue de un an.
Pour Howard Archer, d'IHS Global Insight, l'institut de Francfort ne va retirer que "très progressivement" son dispositif anti-crise.