"Je voulais dénoncer un système bancaire opaque, il n'a jamais été question d'argent", a répété mercredi Hervé Falciani, ex-employé de HSBC dont les fichiers sont au coeur d'une vive polémique entre Paris et Berne, regrettant que ses accusations n'aient pas trouvé d'écho en Suisse.
Visiblement soucieux de répondre aux "élucubrations", selon ses termes, qui le présentent comme un aventurier appâté par le gain, le jeune franco-italien spécialiste informatique admet être allé au Liban en février 2008 mais jamais pour y monnayer un quelconque fichier des clients de la banque privée, mais parce qu'il a été "manipulé".
"Je me suis rendu là-bas sur commande d'un service de renseignement", raconte-t-il dans un entretien à l'AFP, refusant de préciser à quel pays appartenait ce service.
"Mon rôle était d'obtenir un passeport libanais pour révéler un réseau qui était supposé m'avoir ciblé pour extraire des informations concernant HSBC", poursuit-il, s'interrogeant sur l'éventualité que cette affaire ait été montée parce qu'il avait dénoncé le système prévalant dans sa banque qui rendait impossible, selon lui, tout contrôle.
Il a affirmé avoir contacté les autorités suisses dès 2006 pour dénoncer le mode de fonctionnement de la banque. "Je n'ai jamais eu aucun retour. A mon retour du Liban, traumatisé, j'ai contacté la police judiciaire française".
C'est après cette escapade que la justice suisse lance en mars 2008 une enquête pour soupçon de soustraction de données confidentielles et tentative de les vendre, s'étonne son avocat niçois, Me Rizzo, dans le cabinet duquel se déroule l'entretien.
Jusqu'au mois de décembre suivant, M. Falciani, 37 ans, n'est pas inquiété. "Je continuais à travailler normalement (à Genève, NDLR), j'avais toujours tous les codes d'accès aux systèmes".
Ce mois-là, il est arrêté pour être entendu, une procédure qu'il juge abusive. Relâché et convoqué quelques jours plus tard, il décide de rentrer en France pour organiser sa défense et mettre sa femme et sa petite fille en sécurité.
Le 9 janvier 2009, la Suisse adresse une demande d'entraide judiciaire à la France. Son domicile français est perquisitionné le 20 janvier: les enquêteurs emportent un ordinateur, des téléphones portables. Mais avant de les transmettre aux Suisses, les enquêteurs français veulent analyser le contenu de ces saisies, qui vont se révéler d'un grand intérêt pour la justice et le fisc français.
M. Falciani propose en mai d'aider à l'analyse de ces données, qui ne sont "nullement un listing", affirme-t-il, mais une série d'éléments qui mis bout à bout ont permis aux autorités françaises de dresser une liste de 3.000 contribuables fraudeurs.
Selon l'ancien banquier, rien ne le prédisposait à jouer les "zorros" de la finance. "J'ai toujours vécu dans des paradis fiscaux (Monaco, où il est né et a grandi, puis la Suisse pour son travail chez HSBC, ndlr). Je travaillais pour HSBC à Monaco depuis 2000 mais ce n'est qu'à Genève que j'ai pris conscience des dérives ", dit-il.
"J'avais une carrière, j'étais sur des rails mais je voulais que le travail soit bien fait", ajoute le jeune homme désormais sans emploi.
Commentant la décision lundi de la justice française de transmettre à la Suisse les données saisies, il s'est dit "soulagé" que la France en ait gardé trace et poursuive ses investigations. "Je craignais la destruction des éléments de preuve".
Sous protection policière, il se déclare néanmoins serein. "J'ai une banque et un Etat contre moi et potentiellement des clients. Mais je ne suis pas de nature à penser aux menaces".