Vingt-deux des 27 pays membres de l'Union européenne ont lancé jeudi un "appel de Paris" pour une politique agricole commune (PAC) "forte", qui pêche toutefois par l'absence de pays clefs comme la Grande-Bretagne, désireuse de réduire l'agriculture dans le budget européen.
Les signataires de cet appel demandent que la politique agricole commune se fonde désormais sur trois piliers: un "modèle alimentaire européen" diversifié, la nécessité d'aider les agriculteurs à mieux faire face à "la volatilité du marché" et à leurs difficultés économiques, et la prise en compte du "défi environnemental".
Cinq Etats -dont le Danemark et la Grande-Bretagne- n'avaient pas été invités à cette réunion organisée à Paris à l'initiative de la France, faute de partager les mêmes points de vue sur la future PAC.
L'absence des Britanniques a été particulièrement remarquée, car Londres et Paris viennent de traverser une période de turbulences, déclenchée par la nomination du Français Michel Barnier au poste de commissaire européen chargé du marché intérieur et des services financiers.
Mais même à 22, la tâche n'a pas été aisée pour trouver des convergences sur la nouvelle PAC qui entrera en vigueur en 2013 pour sept ans.
"Il n'a pas été facile de trouver un accord entre 22 Etats qui peuvent défendre des options différentes", a admis le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire.
Toute discussion autour du budget, principale source potentielle de conflit, a d'ailleurs été soigneusement évitée.
"Nous souhaitons prendre un autre point de départ", "nous entendre sur les objectifs politiques avant de fixer le budget", a expliqué M. Le Maire.
La France a pris depuis quelques mois la tête d'un mouvement de contestation au sein de l'UE pour promouvoir une PAC "rénovée", insistant sur son côté "stratégique".
Une position qu'elle défend d'autant plus que l'agriculture française est au plus mal, avec des manifestations à répétition des producteurs de lait et des autres filières. Le revenu moyen des agriculteurs devrait baisser de 30% en 2009, après une chute de 20% déjà en 2008.
"Nous sommes très heureux d'être parvenus à cet appel de Paris" qui rappelle que "la PAC est la plus importante (financièrement) des politiques européennes" et "qu'elle doit rester l'une des politiques économiques européennes essentielles y compris après 2013", a souligné M. Le Maire, qui écarte toute idée d'une PAC "bradée".
M. Andrzej Dycha, le représentant de la Pologne, autre poids lourd agricole européen, s'est aussi félicité de cet accord, un "signal fort". Pour lui, le futur budget doit être au moins équivalent au budget actuel.
La PAC représente 47% du budget total de l'UE (116 milliards d'euros en 2008) et la France en est la principale bénéficiaire avec 10 milliards d'aides.
Cet appel n'est qu'une première étape dans le long et difficile processus de négociations qui attend l'UE, certains pays comme la Grande-Bretagne ne voulant plus entendre parler d'une agriculture pesant aussi lourd dans le budget communautaire.
Malgré l'absence de Londres jeudi, M. Dycha s'est toutefois dit "profondément convaincu" qu'un accord serait trouvé à 27.
Le ministre luxembourgeois de l'Agriculture Romain Schneider a souligné aussi la nécessité d'"une vision commune" des 27 sur le sujet.
"Nous devons trouver les arguments pour les convaincre de partager nos idées", a-t-il déclaré à l'AFP. "Ils nous rejoindront lorsque nous aurons d'autres réunions au moment où nous examinerons la PAC".