« Nous allons ouvrir en grand les lieux où se forme l’élite de demain". "Je souhaite que (…) dès septembre 2009, 25% des places de chaque classe préparatoire aux grandes écoles soient réservées aux meilleurs lycéens boursiers», a déclaré Nicolas Sarkozy. «A la rentrée 2010, ce taux atteindra 30%.» Le chef de l’Etat a annoncé mercredi 17 décembre un plan pour l’égalité des chances, dont l’objet est de promouvoir la diversité dans l’accès aux grandes écoles, l’administration et les entreprises. A cette occasion, il a également indiqué ne pas vouloir mettre en œuvre de quotas, mais a néanmoins souhaité que la France se dote "d'outils statistiques" qui "permettent de mesurer sa diversité, pour identifier précisément les retards et mesurer ses progrès". "Ces instruments devront reposer sur des méthodes objectives et incontestables. Ils ne doivent pas traduire une lecture ethnique de notre société" et "un travail va être conduit avec la communauté scientifique pour avancer dans le dialogue, sur ce sujet sensible", a-t-il ajouté.
S’agissant de l’accès à l’emploi, le plan prévoit de mettre en œuvre le CV anonyme dans « 100 grandes entreprises » en 2009 et donne à la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations) le pouvoir de faire des «contrôles inopinés sur les lieux de travail».
Chargé de la mise en œuvre de ce plan, Yazid Sabeg a été nommé « commissaire à la diversité et à l'égalité des chances ». Ce dirigeant d’entreprise d'origine berbère, est l'initiateur, avec l’Institut Montaigne et Claude Bébéar, de la Charte de la diversité, signée en 2004 par les grandes entreprises françaises. Il est également co-auteur du rapport intitulé « Les oubliés de l'égalité des chances », rédigé avec la journaliste Laurence Méhaignerie. «L'exigence de résultat doit enfin prendre le pas sur les principes ! La France ne peut s'accommoder plus longtemps des disparités devant la formation et l'emploi. Les exemples étrangers montrent que ces transformations ne se font pas naturellement», indique ce rapport, qui souligne que les «minorités visibles», principalement noires et maghrébines, représentent «autour de 12% de la population», mais sont encore rares dans le monde politique, judiciaire, médiatique, dans les directions d'entre prises, les corps intermédiaires ou les institutions et sont largement sous-représentées dans la fonction publique. A qualifications ou diplômes égaux, elles sont jusqu'à 5 fois plus touchées par le chômage.
Statistiques éthniques
Yazid Sabeg, qui s’est toujours prononcé en faveur des statistiques ethniques, est donc aujourd’hui missionné pour les mettre en œuvre. Mais le procédé reste complexe en France, car il s’oppose au principe constitutionnel et culturel d’égalité républicaine. La Halde a d'ailleurs toujours été fermement opposée à ce qu’elle considère comme des " pseudos critères éthno-raciaux " pour définir les notions complexes que sont les origines, l'appartenance à un groupe éthnique et la filiation. « Je ne veux pas de fichiers sur l’origine ethnique des candidats car je trouve cela épouvantable, affirmait ainsi Louis Schweitzer, président de la Halde, lors de la présentation de son bilan 2007. Les salariés veulent être traités sur leur mérite propre et non sur leur appartenance, ils veulent une vraie égalité et non des privilèges ». Pour le président de la Halde, les moyens de mesurer la discrimination existent déjà dans la loi, avec toutes les garanties nécessaires. « La fait de créer des catégories finit par séparer les groupes, et le phénomène est irréversible », avait-il ajouté.
Les défenseurs de ces statistiques mettent en avant, eux, les résultats médiocres des initiatives prises par les entreprises. La charte de la diversité censée être mis en oeuvre depuis quelques années n’a pas fait ses preuves. Chaque année, le bilan de la Halde sur les politiques des entreprises n'est guère plus convaincant. Seule une poignée d’entre elles ont en effet signé un accord interprofessionnel sur la diversité. De manière plus générale, le bilan de la Halde montre que peu d'entre elles ont traduit de manière concrète (recrutement, promotion professionnelle...) leurs engagements.
