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Aider Opel ou pas, le casse-tête de Berlin à sept mois des élections

Lundi 02 Mar 2009 à 16:27

Opel place le gouvernement allemand devant un dilemme: refuser de sauver des dizaines milliers d'emplois à sept mois des législatives ou ouvrir la porte à des demandes d'aide en chaîne d'autres entreprises.

General Motors, sa maison-mère américaine en grande difficulté, a présenté lundi le plan de sauvetage du constructeur automobile au célèbre "z" encerclé. Berlin en examinera chaque page à la loupe avant de décider s'il verse des aides publiques - 3 à 5 milliards d'euros seraient en discussion.

Après la sauvetage par l'Etat des banques IKB et Hypo Real Estate - cette dernière risquant même d'être nationalisée -, Opel serait le premier gros groupe industriel sauvé par l'Etat. Mais l'hypothèse est vue d'un très mauvais oeil par les économistes.

"Il n'est pas du devoir de l'Etat de juger un projet de reprise, mais de celui d'investisseurs privés", tranche Kai Carstensen, chef économiste à l'Institut de conjoncture Ifo de Munich.

"On a le sentiment qu'Opel quémande auprès de nous tous, les contribuables. Or il y a plein de petites entreprises auxquelles il ne viendrait jamais à l'idée, même en rêve, de s'en remettre à Mme Merkel pour leurs problèmes d'argent", dit-il à l'AFP.

"Et puis il serait alors injuste de dire +Opel reçoit quelque chose et les autres rien+", poursuit-il avant de citer les branches particulièrement menacées par la crise: l'automobile et ses pièces détachées, la construction de machines, les biens d'équipement, autant de secteurs qui font de l'Allemagne le premier exportateur mondial.

Sur la table du gouvernement traîne ainsi depuis des semaines une demande de subvention de l'équipementier automobile Schaeffler, qui peine à digérer le rachat de son concurrent Continental. Ses dettes s'élèvent à plus de dix milliards d'euros.

Christian Dreger, expert à l'Institut allemand pour la recherche en économie de Berlin (DIW), espère que les politiques ne vont pas "jeter leurs principes économiques fondamentaux par dessus bord". "Les entreprises sont, elles seules, responsables de leurs actions", assène-t-il.

Mais dans le cas d'Opel, près de 26.000 emplois sont en jeu, soit autant d'électeurs potentiels pour les élections législatives du 27 septembre, où s'opposeront la chancelière conservatrice Angela Merkel et le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier. Ce dernier l'a bien compris, qui a harangué jeudi la foule des manifestants à Rüsselsheim (ouest), où siège le constructeur automobile.

Pragmatique, réticente par nature au trop d'Etat qu'elle n'a que trop connu sous la RDA, Angela Merkel doit à la fois défendre l'industrie allemande et composer avec son électorat proche des milieux économiques.

"La chancelière fait ça de manière très adroite en ne disant pas +Nous aidons Opel+ mais en affirmant +Nous aidons ceux qui y travaillent+", estime Manfred Güllner, directeur de l'influent institut de sondage Forsa.

"Elle reste donc très populaire comme chancelière. Mais pour son parti, la CDU, c'est une catastrophe", car son électorat tient en horreur le concept de "nationalisation", sans parler de celui d'"expropriation" des actionnaires, actuellement à l'étude, ajoute-t-il.

Et de rappeler que "de nombreux sympathisants de la CDU convergent ainsi vers les libéraux du FDP", qui culmine à 17/18% d'intentions de vote, plus très loin du SPD (24%) et de la CDU/CSU (33%).

Manfred Güllner met en garde M. Steinmeier de trop s'afficher aux côtés des salariés d'Opel. Le candidat du SPD, apprécié pour sa réserve liée à sa fonction de ministre des Affaires étrangères, risque de "brusquer l'électorat du centre" sans pour autant gagner la gauche de la gauche, prévient-il.

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