Le champagne a rencontré la crise puisque les expéditions de bouteilles ont diminué de 4,9% pour les dix premiers mois de l'année mais les acteurs de la filière estiment que leur produit "résiste bien" grâce à son organisation exemplaire et aux succès dans les pays émergents.
Les chiffres du CIVC (Comité interprofessionnel du vin de Champagne) pour le mois d'octobre amplifient les tendances constatées cette année: après deux décennies de croissance moyenne de plus de 2% par an, la fête a pris fin cette année pour ce produit phare de l'art de vivre français.
Cette baisse est valable autant en France - la moitié du marché total - (-5%), que pour les pays de l'Union européenne (-4,5%) et les pays tiers (-5,2%) avec notamment une chute de 17% sur le marché américain, le second plus important.
Mais pour le porte-parole du CIVC Daniel Lorson, "il n'y a pas le feu au lac. On assiste à une dégradation relative, mais ce n'est pas une chute et on constate plutôt une bonne résistance par rapport à la crise mondiale".
Surtout si 2007 est toujours considéré comme un record absolu avec 338,7 millions de bouteilles vendues.
M. Lorson estime que les baisses actuelles sont plutôt "l'effet d'une frilosité des intermédiaires, attentifs au coût du stockage et aux problèmes de crédit, plutôt que d'une véritable baisse de la consommation".
Il constate ainsi que les ventes directes des vignerons pour les dix mois sont positives (+2,2%), aussi bien en France qu'à l'exportation.
Le viticulteur Rémy Gratiot, qui commercialise directement sous sa marque 70% de la production de son domaine de Charly-sur-Marne (Aisne) confirme "ne pas connaître la crise, au contraire". Il compte cette année sur une augmentation des ventes d'environ 15%, vu les commandes qu'il reçoit actuellement.
"Je pense que ceux qui subissent la crise, ce sont les premiers prix en grande distribution, mais ce n'est pas encore cette année que le champagne va souffrir", souligne-t-il.
Ceci d'autant plus que l'organisation rigoureuse de la profession lui permet de compenser la baisse des expéditions en volume par une augmentation des prix, qui fait que le chiffre d'affaires annuel devrait rester stable.
Traditionnellement, la filière a insisté sur un haut niveau de qualité, tout en limitant la quantité avec la maîtrise des droits de plantation. L'appellation réservée à 319 communes de Marne, Aube, Aisne et Haute-Marne (33.500 hectares) devrait être prochainement élargie à une quarantaine d'autres, sans déséquilibrer le marché.
De façon générale, les grandes marques internationales ne se tirent pas non plus trop mal de ce que le groupe Laurent-Perrier qualifie de "conditions de marché difficiles".
Les marchés émergents ont en effet pris partiellement le relais, avec des progressions à deux chiffres, partant il est vrai d'un niveau assez bas.
C'est le cas de la Russie, qui continue pour les neuf premiers mois de l'année sur un rythme de progression de 29% après un doublement en trois ans, qui lui font retrouver la place de client de choix qu'elle avait il y a un siècle.
La Chine connaît aussi un essor de +44% après +30% l'an dernier, comme l'Australie.
Pour l'ensemble de 2008, selon M. Lorson, les chiffres finaux dépendront en bonne partie des politiques commerciales de la grande distribution pour les fêtes.